Vraie et fausse réconciliation

Le débat sur « le mariage pour tous », en dépit de quelques dérapages verbaux, aura montré la belle vigueur de la démocratie parlementaire. Son large écho, très au-delà des hémicycles, laisse rêver à une « une réconciliation des Français avec la politique », du fait de la radicalisation – des arguments de chaque camp. Il ne faut pas cependant se leurrer sur la portée des emballements passionnels autour d’un « sujet de société ». Ils provoquent trop d’habillages au rayon du « prêt à penser » pour constituer l’idéal de la vie publique. Que la gauche garde des réflexes progressistes et que la droite soit plutôt conservatrice constitue une évidence. Mais est-ce que cela fait avancer en quoi que ce soit la réflexion à propos de la situation économique d’ensemble et de l’évolution inquiétante de la cohésion des pays associés dans la zone euro ?
Le budget de l’Union européenne est en baisse et le Parlement européen aura bien du mal à corriger la copie des technocrates. Bien que les libéraux dénoncent le « néo-keynésianisme » des gestionnaires de l’Europe, les politiques communautaires de relance sont inexistantes ou inopérantes. La France risque d’encourir les foudres de la Commission de Bruxelles du fait de ses difficultés à réduire ses déficits. Faute d’une vision politique innovante, le modèle économique dominant dans l’UE continue à pousser à une rigueur excessive qui fabrique plus de récession que de dynamisme. C’est, là encore, une évidence contre laquelle ont buté les gouvernements français successifs, bien avant que la France ne change de président de la République !
Jamais les marges de manœuvre de nos dirigeants n’ont paru aussi étroites. La diminution des dotations globales de fonctionnement des collectivités territoriales risque d’affecter, de plus, les traditionnels « amortisseurs de crise » apportés par les politiques de proximité.
Pour réconcilier tout à fait « les Français et la politique », il faudrait bien plus que des polémiques sociétales : de vraies controverses sur « les moyens de s’en sortir ». Sinon, les combats qui se dessinent à propos des municipales ne seront que des jeux à somme nulle, conduisant éventuellement à des alternances, mais sans vraies significations.

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