Viticulture et climat : le verre à moitié vide

Grapes de raisin

Le vin est-il en passe de devenir un produit de luxe ? Alors que la production viticole française ne cesse de baisser, la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a organisé, mercredi 16 novembre, une table ronde sur la vigne et le changement climatique. Car la vitesse des dérèglements actuels risque bien de prendre les professionnels au dépourvu.

 

Si la fonte des glaciers reste le symbole emblématique du changement climatique, la vigne en a été incontestablement un révélateur pertinent. Sécheresse, grêles, orages et autres aléas : elle subit déjà les conséquences du réchauffement, comme en témoignent des vendanges de plus en plus précoces chaque année. En bouche, même constat : moins acides, plus expressifs, les profils aromatiques des vins français s’en retrouvent eux aussi profondément modifiés, mettant à mal la notion de terroir ainsi que le système des appellations. Car bien que les consommateurs apprécient ces nouvelles notes, ils s’en retrouvent vite lassés au bout d’une ou deux semaines et reviennent aux nectars actuels, à en croire Jean-Marc Touzard, directeur de l’Inra et co-animateur du projet Laccave, dont la mission est justement d’adapter les vignobles aux bouleversements à venir.

 

Plusieurs scénarios possibles

Pour lui, pas de doute : les viticulteurs pourront s’adapter à une augmentation de température de moins de 2°C, leur profession nécessitant un ajustement constant aux conditions météorologiques. Sauf que la somme des efforts des Etats signataires de l’accord de Paris n’atteint pas pour l’instant l’objectif fixé. Si « le vin est un produit que l’on ne peut pas délocaliser », comme le rappelle Anne Haller, déléguée de la filière vins FranceAgriMer, la carte des vignobles pourrait pourtant changer radicalement d’ici quelques années. Dans le cadre du projet Laccave, quatre scénarios ont été soumis aux scientifiques et aux producteurs de plusieurs régions viticoles françaises pour élaborer des stratégies d’adaptation locale, en fonction des spécificités de chacune :

  • un scénario « conservateur », autrement dit une adaptation passive avec peu de changements ;
  • un scénario « innover pour rester » invitant les acteurs de la filière à l’initiative ;
  • un scénario « vignes nomades » permettant de relocaliser les vignes en fonction des conditions climatiques régionales ;
  • un scénario plus « libéral » ouvrant la voie à toutes les possibilités.

 

Une adaptation inévitable

La France n’est pas la seule à être concernée par ces enjeux. D’autres pays comme l’Espagne et l’Italie explorent eux aussi les outils pouvant les aider à s’adapter au changement climatique, les territoires n’étant pas égaux face aux dérèglements. Certaines régions pourront même en tirer profit. Toutefois, comme le rappelle la députée RRDP Jeanine Dubié, « si, à court terme, l’augmentation des températures peut bonifier le vin, à long terme, c’est tout un secteur qui risque de s’effondrer ».

Les adaptations peuvent être de plusieurs ordres : technique (comme l’irrigation raisonnée), oenologique, spatial ou institutionnel, avec par exemple la révision du cahier des charges de chaque appellation (AOC). La viticulture pourra également jouer un rôle positif dans la lutte contre le réchauffement climatique via la gestion respectueuse de l’éco-système, notamment grâce au potentiel de capture de carbone dans des sols très pauvres en matières organiques. Une chose est certaine pour Anne Haller : « la prise de conscience va obliger les professionnels à s’ouvrir à d’autres raisonnements et à se questionner sur leur mode de fonctionnement jusque-là ».

Car plus qu’un élément important de l’agriculture française, le vin en est aussi un symbole culturel : « on ne peut pas vivre sur ce capital, il faut le valoriser pour le faire fructifier » a résumé la déléguée de FranceAgriMer.

 

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