Vingt ans après…

Les divergences apparues dans chaque camp à propos de la ratification du traité dit “de stabilité” nous rappellent que les questions européennes ouvrent toujours une brèche dans le mur mitoyen séparant la “France de gauche” de  “la France de droite”. Sans remonter aux batailles liées à la Communauté européenne de défense, au Marché commun ou à l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Union, les référendums sur la monnaie unique en 1992 ou “la Constitution Giscard” en 2005 ont montré que les clivages ignoraient les frontières partisanes. Il faut s’en réjouir. La nécessité de recourir à la calculette pour recenser les “pour” et les “contre” apporte la preuve qu’en politique, parfois, les votes peuvent se décompter autrement qu’en additionnant les effectifs des groupes. C’est un signe de bonne santé démocratique que cette éclosion de pensées contraires au sein de blocs politiques d’apparence compacte.

Il y a des opposants au traité qui trouvent ce document trop libéral alors même que beaucoup de libéraux le considèrent comme le fruit parfait de la pensée technocratique. Adversaire de cet accord laborieux quand Nicolas Sarkozy était au pouvoir, François Hollande demande aujourd’hui, en substance, de l’adopter au prétexte qu’il est désormais là pour veiller à sa bonne application. François Fillon,  jadis partisan du “non  à Maastricht”, dans le sillage de son ami Philippe Séguin, considère que l’adoption du traité entre dans le droit fil de sa précédente analyse. Il y a vingt ans, en effet, les adversaires de la monnaie unique estimaient qu’elle n’avait pas de sens compte-tenu des divergences d’intérêts entre états. Ce à quoi les instigateurs de l’euro répondaient qu’il fallait commencer par la monnaie si l’on voulait aller vers l’harmonisation des économies. Laurent Fabius, adversaire en 2005 du projet de Constitution européenne, se bat désormais pour que l’Union – ou tout au moins la “zone euro” – dispose d’une meilleure gouvernance grâce à ce fameux traité. Quant aux écologistes, solidaires du gouvernement, ils se rallieront à toutes les dispositions budgétaires induites par le traité sans pour autant approuver celui-ci en tant que tel. On pourrait ainsi gloser sans fin sur les revirements, adaptations dialectiques et bizarreries provoqués par le débat de ratification. Mais ce serait, en réalité, assez inutile. L’essentiel se trouve ailleurs que dans les querelles franco-françaises et se signale par une grande simplicité. Si l’on veut garder l’euro, il faut que la monnaie commune soit assise sur un socle de règles économiques communes. Le seul vrai mystère tient dans le fait que l’on ait mis vingt ans à s’en apercevoir. 

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