Sophie Huet n’est plus

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Voici quelques semaines à peine, Sophie Huet, présidente de l’Association des journalistes parlementaires, avait mis en garde ses confrères. Il allait y avoir du boulot avec une nouvelle majorité et un ordre du jour pléthorique. Elle ne s’était pas trompée, sauf pour ce qui la concernait. Emportée le 29 juillet, elle n’aura pas connu en sa totalité l’été studieux qu’elle entrevoyait. Figure de l’Assemblée nationale et du Sénat, dont elle suivait l’actualité depuis quarante ans pour L’Aurore puis Le Figaro, elle savait mieux que personne prévoir la météo politique. Des générations de députés l’avaient prise pour confidente. Juste retour des choses, elle aimait les élus dont elle racontait sans emphase les coups d’éclat comme les petitesses en détestant toute forme d’antiparlementarisme.

Fille de haut magistrat, elle s’était d’abord mariée dans son milieu. Puis il lui était arrivé une aventure très romantique : elle était tombée amoureuse d’un homme de près de trente ans son aîné et complètement étranger aux mondanités parisiennes, franc-maçon et d’origine juive polonaise par son père. Celui-ci garda toute sa vie sa gouaille d’enfant de Saint-Etienne et le petit nom de « Lulu » que Sophie Huet prononçait avec une particulière tendresse.

Il faut dire que Lucien Neuwirth n’était pas n’importe qui. Héros de la Résistance, puis parachutiste de la France libre, sorti miraculeusement de situations très périlleuses, il fut un compagnon très fidèle du général de Gaulle. Avec Léon Delbecque, il compta à Alger parmi les artisans de l’insurrection du 13 mai 1958 qui ouvrit le processus d’instauration de la Vè République. Député puis Sénateur de la Loire, il totalisa plus de quarante années de mandats parlementaires successifs et se signala notamment par son combat en faveur de la pilule anticonceptionnelle. Longtemps avant d’avoir connu sa dernière compagne, il avait obtenu l’appui dans ce dossier du général de Gaulle en dépit de l’opposition d’une large partie de sa famille politique et de l’église catholique. « Lulu » était drôle et chaleureux, connaissait des dizaines d’anecdotes sur « le général » et la vie parlementaire. Sophie Huet a été très heureuse avec lui. C’est peu après son décès à l’âge de 89 ans, en novembre 2013, qu’elle ressentit les premières atteintes du mal implacable qui vient de la terrasser, à 64 ans.

Première femme à être élue à la tête de la vénérable association des journalistes parlementaires, fondée en 1891 et rassemblant aujourd’hui 200 professionnels de l’information politique, Sophie Huet avait dès 2006 créé le rituel des « Rendez-vous de la salle Empire ». En partenariat avec Chantal Didier, son homologue de l’Association de la Presse ministérielle (qui réunit les accrédités à Matignon et dans les différents ministères), elle invitait chaque semaine, une personnalité de premier plan à venir échanger sur un ton détendu avec les journalistes présents. Sans cesse appelée à arbitrer les tensions, qui n’ont fait d’augmenter ces dernières années, entre le monde politique et la presse, la présidente de l’AJP a toujours su faire preuve de sang-froid et de grandes qualités de négociatrice. Nul ne l’oubliera.

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