Sénatoriales : les vérités cachées

Palais_Luxembourg

Dans ce temple de la deuxième lecture subtile qu’est le Sénat, le renouvellement de la moitié des sièges ne saurait donner lieu à des analyses trop hâtives. Il faut, quitte à frôler l’excès d’interprétation, accorder une attention toute particulière au scrutin du 24 septembre. Son éventuel impact sur la suite du quinquennat inauguré en mai dernier pourrait bien être considérable. Il a été dit que ce ne fut pas une bonne journée pour Emmanuel Macron, les candidats de La République En Marche n’ayant pas du tout transformé auprès des grands électeurs les brillants essais marqués avec le même maillot aux législatives. Rien d’étonnant à cela. Les sénatoriales servent toujours de réplique sismique aux municipales précédentes et, lors de celles-ci, le Macronisme se trouvait dans les limbes. D’où le regain de santé démocratique des formations de gouvernement aux allures de « rescapées de l’ancien monde », Les Républicains et le Parti Socialiste. On aura vérifié aussi la grogne des élus territoriaux sans cesse contraints à des adaptations budgétaires acrobatiques, du fait de la diminution des dotations, de la perte des emplois aidés et des modifications envisagées de la fiscalité locale. Rien, dans les premières semaines du quinquennat, ne les a rassurés. Bien au contraire.

Le résultat de la dernière des consultations d’une année électorale assez inouïe (les primaires s’ajoutant à la présidentielle et aux législatives) ne saurait se résumer à une cartographie partisane. Il y avait, cette fois-ci, d’autres enjeux et nouveautés. Dans le flot de posts sur les réseaux sociaux et des tweets de félicitations, on pouvait voir par exemple, dans certains départements, plusieurs élus d’étiquettes différentes se congratuler mutuellement en disant qu’ils « seraient unis pour défendre leurs territoires. » Voilà qui dit à la fois que le Sénat sans cumul des mandats ne sera pas « hors-sol » et que certaines guéguerres politiciennes sont (momentanément peut-être ) passées de mode. Celles et ceux qui, parmi les élus ou réélus, ont fait le choix de siéger uniquement à la chambre haute ont abandonné (ou vont le faire dans les jours à venir) leurs fonctions exécutives territoriales. Cela ne signifie pas qu’ils perdront toute attache. Le Palais du Luxembourg n’est pas à la veille de ne plus mériter son vieux surnom de « Parlement des communes de France », ne serait-ce qu’en raison du corps électoral désignant les élus. Il sera cependant  passionnant de voir comment vont évoluer les pratiques sénatoriales sans les comités d’influence que formaient, par exemple, « les sénateurs-maires de grandes villes » ou « les sénateurs-présidents de conseils départementaux », véritables cercles d’initiés où les « jeunots » rêvaient de de prendre rang. C’est un petite hiérarchie qui s’efface. L’utilité du bicamérisme sort en tous cas renforcée des législatives comme des sénatoriales puisque le caractère monocolore des premières a été nuancé par les secondes. Cet équilibre retrouvé, dont on verra vite les bienfaits, incitera à mettre en sourdine les vieux refrains sur « l’anomalie » – le mot est de Lionel Jospin – du Sénat ou sur son utilité. Il sera difficile en tous cas au nouveau chef de l’Etat d’imposer un projet de réforme constitutionnelle sans concertation parlementaire soigneuse. 

Emmanuel Macron et son gouvernement sauront s’inspirer, espérons-le, du vieux dicton voulant que « s’en prendre au Sénat porte malheur ». Inutile de rappeler le catastrophique projet de réforme de 1969 qui entraîna le départ du Général de Gaulle. Bon prince, un certain temps après cette mésaventure, le président Alain Poher sut accueillir avec des mots très aimables Maurice Couve de Murville, Premier ministre lors de l’offensive anti-Sénat, ainsi que l’Amiral de Gaulle, fils du fondateur de la Vème République. L’un comme l’autre avaient, sur les conseils de Jacques Chirac, fini par choisir de siéger – pendant près de dix-huit ans pour le second ! – sous les ors de cette Chambre haute qui n’avait visiblement plus les défauts qu’on lui prêtait quelques années plus tôt. Ainsi va la vie publique dont le Sénat, tout particulièrement, garde la mémoire.

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