Remise des « Chaptal de l’industrie »: une leçon d’optimisme!

La promotion 2012 des lauréats de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale illustre le dynamisme et la diversité de certaines entreprises françaises. Les sociétés du secteur du luxe pulvérisent leurs records mais pas seulement elles. De beaux succès s’observent aussi dans les technologies nouvelles et les produits de pointe. De quoi redonner le moral à ceux qui broient du noir.

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Fondée en 1801 par les trois consuls Bonaparte, Cambacérès et Lebrun, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale a pour objet de stimuler le développement industriel de la France, de favoriser l’innovation technologique et de valoriser l’entrepreneuriat. Les « Chaptal », du nom du célèbre chimiste et homme politique (sénateur et Pair de France), qui fut le premier président de la société, sont remis chaque année à l’hôtel de l’Industrie, place Saint-Germain-des-Prés à Paris, lors d’une cérémonie rassemblant d’éminentes personnalités du monde de l’entreprise et de la recherche. C’est un juste hommage à la France qui innove et se développe, en ignorant les discours moroses sur la « désindustrialisation ».

Au cours de cette soirée animée par Olivier Mousson, président de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, Thierry Peugeot, président du conseil de surveillance du groupe PSA Peugeot Citroën, lauréat 2011, a décerné les récompenses au huit récipiendaires désignés par les différents comités d’experts de la société savante.

 

Emmanuel Vieillard

 

Vice-président directeur général du groupe LISI, Emmanuel Veillard est né en 1963. Ancien élève de l’EDHEC, il est consultant financier chez Arthur Andersen avant de rejoindre l’entreprise familiale. LISI représente, dans la région de Belfort-Montbéliard, un concentré de l’histoire industrielle française, parallèle à celle des maîtres de forge du nord et de l’est de la France. Les anciennes fabriques de visserie constituent aujourd’hui une entreprise mondiale qui occupe de solides positions à l’international. L’entreprise intervient dans trois grands domaines d’activité : l’automobile, l’aéronautique et le médical. Elle est présente dans une douzaine de pays sur quatre continents avec 39 sites de production. LISI conçoit et fournit ainsi des pièces et des ensembles de très haute technologie pour des clients mondiaux leaders dans leurs secteurs respectifs parmi lesquels Airbus, Boeing, BMW, Renault, PSA et Stryker Corporation. Le groupe a réalisé en 2011 un chiffre d’affaires de 925 millions d’euros, affichant une très belle progression de 19 % de son activité. Il emploie près de 8500 collaborateurs. Les travaux conduits en 2011 par LISI Aeropsace ont débouché sur 11 inventions et permis le dépôt de 62 brevets. L’environnement reste une préoccupation majeure de LISI, ainsi que l’atteste les avancées majeures auxquelles l’entreprise a contribué dans l’automobile (gain de poids) ou dans le médical (traçabilité des instruments médicaux).

 

 Olivier Baussan

 

Fondateur de « L’Occitane », Olivier Baussan, 60 ans, est au départ un littéraire, diplômé de la Faculté d’Aix-en-Provence. Passionné par les huiles essentielles, il a créé son entreprise en 1976, afin de valoriser les plantes et cultures de Provence. Associé à un ami chimiste, Yves Millou, il élabore des produits plus sophistiqués puis il récupère l’outillage d’une ancienne savonnerie, offert par son propriétaire, âgé et sans héritier. En 1982, Olivier Baussan s’intéresse au karité, une graine hydratante et nutritive et lance une gamme de produits à partir de cet ingrédient qui obtient un large succès. Pour assurer son approvisionnement, il fonde à Ouagadougou une coopérative qui emploie aujourd’hui 4 500 femmes bénéficiant sur place de cours d’alphabétisation.

Dans les années 1990, « L’Occitane » s’ouvre aux investisseurs et notamment au manager autrichien Reinold Geiger qui prend les rênes de la société tandis que son fondateur garde 5 % du capital et conserve la direction artistique. Aujourd’hui, le label est distribué dans 80 pays avec plus de 1 500 points de vente. L’entreprise, qui produit toujours dans son usine près de Manosque, affiche un chiffre d’affaires de 537 millions d’euros. Olivier Baussan a créé d’autres entreprises, mettant cette fois-ci en valeur les métiers de bouche.

 

Philippe ODDO

 

Diplômé d’HEC et également des universités de New-York, Cologne et Paris-Dauphine, Philippe Oddo, issu d’une famille d’agents de change depuis cinq générations, rejoint OODO & Cie en 1984, l’entreprise familiale alors dirigée par son père. Aujourd’hui, le bureau d’études d’ODDO & Cie est celui qui couvre le plus grand nombre de valeurs françaises en plus des valeurs européennes suivies. En une décennie, la société est passée de 300 à 1000 collaborateurs intervenant à la fois dans des activités de banque d’affaires, de banque privée, de gestion d’actifs et de négoce de métaux. Le résultat net de 2011 a été de plus de 36,4 millions d’euros avec 400 millions de fonds propres. Le secret ? Avec une part significative de leur patrimoine en actions ODDO & Cie, les cadres dirigeants de l’entreprise ont des intérêts alignés sur ceux du groupe.

 

Adeline Lescanne-Gautier

 

Dans le sillage de son grand père Roger, fondateur de « Mamie Nova », et de son père, créateur de Nutriset, Adeline Lescanne-Gautier intègre l’entreprise après ses études d’ingénieure en agro-alimentaire, à Pontoise et aux Pays-Bas. Elle prend en charge la création et le développement du réseau Plumpy Field dans les pays du Sud afin de favoriser l’accessibilité de ses produits et l’autonomie nutritionnelle des populations cibles. La pâte Plumpy créée par Nutriset, à base d’arachide, d’huile végétale, de sucre de poudre de lait, de vitamines et de minéraux constitue une réponse efficace au problème de la malnutrition en permettant d’alimenter les enfants au sein de leur communauté familiale. Nutriset, distinguée par le programme alimentaire mondial et l’OMS, produit 35 000 tonnes de pâte sur son site de Malaunay (Seine-Maritime) auxquelles s’ajoutent les 11 000 tonnes de solutions de solutions nutritionnelles produites par le réseau, ce qui représente la prise en charge de 4,8 millions d’enfants à travers le monde.

 

René Teurquetil

 

Modeste électricien à Paris, René Teurquetil a saisi l’opportunité, en 1955, de traiter directement l’adaptation des appareils au 220 volts. Il a fondé alors un site industriel en Seine-et-Marne puis à Fismes, dans la Marne. Son exceptionnelle connaissance de l’électroménager lui permet de récidiver, en 1962, lorsque la France abandonne «  le gaz de ville » pour passer au « gaz de Lacq ». Le développement du chauffage électrique lui offre une troisième opportunité en se démarquant de près de soixante-dix concurrents par la reprise de la société Noirot, spécialiste des radiateurs. Après rachat de nombre d’entreprises du secteur, tels qu’Applimo, Auer ou Airelec, René Teurquetil, à la tête du groupe Muller, dirige sept usines et emploie 1 500 personnes pour un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros, dont 20 % à l’export. Ses équipes de recherche travaillent sur le stockage de l’énergie.

 

Arnaud Laflaquière

 

Ingénieur et titulaire d’un doctorat d’État, Arnaud Laflaquière est actuellement directeur général de la division « Imagerie » de la société STMicroelectronics, située à Grenoble. Cette structure a développé des produits de pointe dans les domaines des capteurs photo pour téléphones portables, des souris optiques de l’imagerie médicale et des composants pour appareils photo haut de gamme. Elle figure parmi les six entreprises leaders dans le monde en imagerie et son chiffre d’affaires, dans ce seul domaine, représente plusieurs millions de dollars. La totalité de son secteur « Imagerie » se trouve en France et s’appuie fortement sur les centres de recherche nationaux.

 

Marco Tinelli

 

Ingénieur de l’École centrale né en France en 1969 d’un père italien et d’une mère néerlandaise, Marco Tinelli dirige le groupe FullSIX, groupe indépendant de communication en ligne et de marketing relationnel. Après de premiers succès en tant qu’entrepreneur indépendant, il fonde Publicis technologie au sein du groupe Publicis et s’enthousiasme pour le changement de règles du jeu dans le monde de la publicité induit par l’utilisation des données d’intelligence collective. Associé à Grey, qu’il rachète et renomme FullSIX, il devient en peu d’années l’un des leaders européens de la communication numérique. Avec un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros en croissance de 15 à 25 % par an, le groupe compte 18 agences et prés de 1 500 collaborateurs (dont 500 en France) sur huit pays et trois continents.

 

Guillaume de Seynes

 

Guillaume de Seynes est l’un des hommes-clefs du groupe Hermès, fondé en 1801 (comme la société d’encouragement pour l’industrie nationale !). Diplômé de l’ESSEC et de Sciences-Po, il est resté sept ans chez Lacoste avant de diriger les services commerciaux des maisons de champagne Mumm et Henriot. Appelé par son oncle Jean-Louis Dumas pour dynamiser l’activité d’horlogerie d’Hermès, il est aujourd’hui en charge des manufactures de maroquinerie, de textiles et des tanneries. Il préside aussi la prestigieuse filiale John Lobb, le chausseur de la famille royale d’Angleterre. Hermès a doublé son chiffre d’affaires depuis 2005. Celui-ci est aujourd’hui de 2, 8 milliards d’euros avec une progression de 40 % pour la seule année 2011. Avec plus de 9 000 salariés dans le monde, ce groupe porte loin la renommée française dans le secteur du luxe, notamment grâce à ses nouvelles enseignes au Brésil, en Inde et en Chine. 

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