Remaniement : et si le Premier ministre était une femme ?

Manuel Valls, Michel Sapin, Laurent Fabius, Pierre Moscovici voire Claude Bartolone ou Vincent Peillon : les favoris de la « course à Matignon » sont connus. Mais rien ne dit qu’ils ne se feront pas damer le pion par une femme dans la dernière ligne droite.

1. Martine Aubry : l’atout-maître

Ancienne ministre emblématique des années Jospin, maire de Lille, ex-première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry a sans aucun doute un CV de premier ministrable. Son profil « social » ferait du bien au gouvernement à l’heure de la rigueur, et sa ténacité sur le cumul des mandats rassurerait l’opinion sur le devenir de la loi. En outre les qualités qu’on lui prête – notamment l’autorité, la persévérance et la capacité de décider – complètent les « défauts » que d’aucuns reprochent à François Hollande. Mais la fille de Jacques Delors, dont le président de la République fut un proche, paye encore la primaire musclée qui l’a opposée au locataire de l’Élysée et ne compte pas que des amis au gouvernement. Complémentaire, mais également ancienne concurrente, elle est aussi très différente de Jean-Marc Ayrault et pourrait donc à ce titre symboliser la deuxième séquence du quinquennat qui s’ouvrira au plus tard après les municipales.  

 

2. Christiane Taubira : la nouvelle star    

Plus de 11 000 euros ont été récoltés pour lui offrir des fleurs après ses discours en faveur du mariage à l’Assemblée nationale. À la tête d’un ministère régalien, Christiane Taubira est devenue une icône de la gauche après avoir porté l’un des textes les plus importants du quinquennat. Si elle réussit sa réforme de la justice, elle s’imposera définitivement comme un poids lourds de la majorité. Appréciée par la gauche et les médias, cible de la droite depuis sa prise de fonction, elle a l’avantage de cliver (trop ?), ce qui pourrait être utile au président-futur candidat dans la perspective de 2017. Cependant son passé indépendantiste et son image d’électron libre pourraient la desservir.   

 

3. Ségolène Royal : quitte ou double

Elle est un autre électron libre du socialisme contemporain. La malheureuse candidate de 2007 pourrait prétendre à Matignon, elle en a le poids politique nécessaire. Mais sa nomination relèverait du miracle. D’abord parce que Ségolène Royal est l’ancienne compagne de François Hollande et que beaucoup ne verraient que cela. Ensuite parce qu’elle a perdu son siège de députée dans les conditions que l’on connait en 2012. Enfin parce que ses concurrents n’ont pas l’intention de la laisser revenir dans le jeu. La présidente de la Région Poitou-Charentes peut en revanche espérer un ministère ou la présidence d’un organisme public, moins exposés politiquement.

 

4. Marisol Touraine : à pile ou face

À la tête d’un ministère imposant (elle est assistée par trois ministres déléguées) mais exposé, Marisol Touraine est une femme qui compte dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, où elle fait office de spécialiste du monde social et médical. Dès sa nomination, elle a mis en œuvre l’une des promesses emblématiques de la campagne de François Hollande, à savoir « le retour partiel à la retraite à 60 ans pour les personnes ayant travaillé quarante et un ans sans interruption ». Cette ancienne strausskhanienne, reconvertie hollandaise suite à la chute de son champion, a cependant perdu des plumes dans la gestion de l’affaire de la pilule Diane 35. La réforme des retraites à venir, très sensible, fera office de test : si elle parvient à faire voter un texte efficace et consensuel, elle en retira un bénéfice politique certain. Dans le cas contraire (plus probable), la ministre de la Santé risque d’en faire les frais.

 

5. Najat Vallaud-Belkacem : la surprise du chef ?

Et si c’était elle ? On serait tenté de la disqualifier à cause de son jeune âge (36 ans). Pourtant Laurent Fabius n’avait qu’un an de plus lorsqu’il fut nommé à Matignon en 1984. Son manque d’expérience alors ? Porte-parole du gouvernement, elle connait a eu à connaitre tous les dossiers sensibles de la première année du quinquennat de François Hollande. Son manque de poids politique ? Appréciée des « royalistes » comme des hollandais, elle plait également à l’opinion. En choisissant Najat Vallaud-Belkacem, le président de la République porterait la jeunesse au pouvoir. Quoi de plus logique alors qu’il a toujours affirmé que ce serait l’une des priorités de son mandat ?

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