« Nous n’aurons bientôt plus les moyens de notre politique »

ENTRETIEN | Nicolas Dupont-Aignan, député-maire souverainiste et président de Debout la République, nous a reçu dans son bureau à l’Assemblée pour nous donner à voir sa vision de l’administration française et des réformes territoriales, ainsi que l’état de nos forces armées et l’engagement de la France dans le conflit en Centrafrique.

© Vernier/JBV NEWS

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Le président de la République a déclaré récemment vouloir s’attaquer au millefeuille territorial dans un souci de réduction des finances publiques. Il proposait notamment de réduire le nombre de régions : qu’en pensez-vous ? 

La question du millefeuille territorial est un véritable serpent de mer. Jusqu’à présent les différents gouvernements n’ont fait qu’y ajouter des échelons, la Métropole étant le dernier en date. Je trouve d’ailleurs assez paradoxal de voir ceux qui ont complexifié le système territorial vouloir désormais le simplifier. 

Réduire le nombre de Régions ne résout en rien le problème, puisque la vraie question concerne les échelons. Selon moi, deux choses sont à faire : supprimer les Régions qui sont totalement inutiles et fusionner certains Départements – comme la Drôme et l’Ardèche -, pour réaliser le projet de Michel Debré : une France avec 50 Départements. C’est un très bon compromis en termes d’efficacité d’action publique, de proximité et de péréquation entre zones urbaine et rurale. 

Inscrit dans la continuité de vos politiques précédentes, le projet Plaine de Garonne symbolise-t-il aussi un nouvel élan ? 

Les Régions, comme disait Philippe Seguin, ne servent qu’à acheter des TER, peindre les murs des lycées et recaser des élus à la proportionnelle. Ce sont des entités hors sol servant de rampes de lancement pour les présidentielles. 

La France divisée en 15 régions accentuerait le démembrement du pays et la mise à mal de l’unité nationale. Cette proposition, si elle est appliquée, ne permettra pas de réaliser des économies et ne favorisera pas non plus le développement économique, bien au contraire. 

La réforme que je préconise, avec des nouveaux Départements peuplés d’environ un million d’habitants, reprendrait certaines missions des Conseils régionaux. La création de commissions interdépartementales permettrait de réaliser des coopérations à géométrie variable efficaces, sur les questions de développement économique et de transport par exemple. 

François Hollande mentionne également l’idée de doter les Régions de compétences réglementaires. N’est-ce pas remettre en cause l’unité républicaine, dont vous vous faites le garant ? 

Au cours de la même conférence, le Président propose de faire un choc de simplification et de développer le pouvoir réglementaire des Régions. Allez comprendre ! Ce projet est une indignité nationale. C’est n’importe quoi, la France n’a pas la taille de la Russie ou du Brésil.

La loi de programmation militaire, votée en décembre dernier, impose la suppression de 23 500 emplois et une réduction du budget de la défense passant de 40 milliards à 31,4 milliards. Qu’en pensez vous ? 

Les conséquences sont simples : à force de tirer la corde, elle va finir par casser. La France envoie ses troupes, à raison, en Centrafrique ou au Mali et, dans le même temps, mine son outil. C’est une pure folie, nous n’aurons bientôt plus les moyens de notre politique. L’armée est le premier plan social de France : c’est une honte. 

Le président de la République a décidé, en novembre dernier, d’envoyer des troupes en Centrafrique, pensant que le conflit serait de 4 à 6 mois. Comment jugez vous la décision du président ? 

J’ai soutenu les opérations au Mali et en Centrafrique, alors que j’étais radicalement opposé à la guerre en Syrie. Nous avons une zone d’influence sur ce continent, un rôle à assumer en parfait respect du droit des Africains et en accord avec l’ONU. Cependant, je ne vois pas comment avec 1 600 hommes nous pourrions mener à bien cette mission. La seule chose que je peux reprocher à François Hollande dans ce dossier, c’est de ne pas avoir répondu directement à l’appel à l’aide de l’ancien président Michel Djotodia, par peur d’être accusé de renouer avec la Françafrique. 

L’Union européenne a décidé d’envoyer 500 soldats en Centrafrique après une décision unanime des différents ministres des Affaires étrangères. Qu’en pensez-vous ? Est-ce le début de l’Europe de la défense ? 

C’est très bien, cet apport est le bienvenu. Mais l’Europe de la défense n’existe pas et n’existera jamais pour la simple raison qu’aucun gouvernement n’acceptera de voir ses soldats tués par une décision européenne. Néanmoins, je suis pour le développent d’une coopération européenne sur l’armement, le matériel ou les projections d’intervention par exemple. Mais il y aura toujours pour chaque opération extérieure, un pays leader comme le Royaume-Uni en Somalie.

Propos recueillis par Jean-Côme Tihy 

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