Marc de Basquiat : « Le revenu universel sera mis en place un jour »

Marc de Basquiat

Revenu de base, revenu universel, revenu d’existence, revenu de liberté… Autant de noms différents pour une seule et même idée, très en vogue dernièrement. L’économiste Marc de Basquiat revient pour nous sur ce concept, qui en avril dernier a trouvé en Manuel Valls un soutien de poids. Interview.

 

Quels sont les avantages du revenu universel par rapport au système actuel de redistribution ?

Il est plus simple, chaque citoyen peut saisir la règle. Le système actuel est très compliqué, l’Etat demande aux gens de payer des impôts qu’ils ne comprennent même pas. Le revenu universel est au contraire quelque chose qui est compréhensible pour tout le monde. Deuxièmement, avec le revenu de base, nous sommes certains que personne n’est dans un cas où il n’a rien. Toute la population bénéficie de ce montant minimum. Enfin, il supprime totalement les effets de seuil et les trappes à inactivité et à pauvreté. Tous les freins à l’inclusion active disparaissent.

 

Quelle est la différence entre le revenu universel et le salaire à vie ?

La thèse du salaire de vie du sociologue et économiste français Bernard Friot est extrémiste. L’auteur supprime la propriété privée et imagine une société où tout le monde serait fonctionnaire. Selon notre niveau d’études, nous atteindrions un certain niveau de qualification, qui dicterait notre rémunération tout le long de la vie. Il s’agit d’un concept extrêmement peu libéral, qui est pour moi une utopie totalitaire.

 

Que répondez-vous à ceux qui critiquent le “revenu de liberté” que vous préconisez (le “Liber”), notamment l’économiste français Denis Clerc, l’accusant d’accroître les inégalités et de ne pas pouvoir être financé ?

Denis Clerc a écrit un article, sorti en juillet 2015 dans la revue L’Economie politique, qui contenait quelques erreurs. Depuis, nous nous sommes parlés et allons sortir dans quelques jours un nouveau dossier dans L’Economie politique, pour rétablir la vérité.
Le Liber a un montant qui est au minimum au niveau du RSA actuel, donc aucun pauvre n’y perd. D’autre part, concernant le bouclage macroéconomique, Denis Clerc avait repéré une petite anomalie sur le revenu financier. Finalement, le prélèvement qui était de 23 % passe à 23,5 % pour atteindre l’équilibre budgétaire.

 

Pourquoi pensez-vous que les Suisses ont voté massivement contre l’instauration d’un “revenu de base inconditionnel” le 5 juin ?

Les montants évoqués par les promoteurs étaient tout à fait déraisonnables. Ils parlaient de 2 500 francs suisses, ce qui absorbait plus du tiers du PIB suisse. En France, le message de l’association que je préside, l’AIRE (Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence), est clair : un revenu d’existence qui a du sens pour un pays comme le nôtre et qui ne perturbe pas l’économie doit peser environ 15 % du PIB.

 

Qu’attendez-vous de l’expérimentation du revenu universel qui va avoir lieu l’année prochaine en Finlande ?

La Finlande est dans une situation difficile. Leur système d’Etat-providence est si généreux et les aides tellement fortes que les Finlandais ont quasiment le même revenu qu’ils travaillent ou non. Cela veut dire que le revenu universel qui y sera mis en place ne sera pas très élevé. Les bénéfices ne seront donc pas les mêmes que ceux que l’on aurait en France : difficile de transposer dans ce cas les résultats de cette expérimentation à notre territoire.

 

Pourquoi n’a-t-on pas vu de dirigeant d’une grande puissance mondiale s’emparer pleinement du sujet du revenu de base depuis le président des Etats-Unis Richard Nixon en 1969 ?

Beaucoup de pays dans le monde ont ce concept en tête, mais aucun n’a pour l’instant basculé vers la création d’un véritable revenu universel. Je suis certain que cette idée sera mise en place un jour, car notre système actuel est dans une impasse. Prenons l’exemple de la TVA : créée en France, elle est désormais utilisée dans le monde entier. Pour le revenu universel ce sera pareil : il suffit qu’il y ait un pays qui se lance, et après tous les autres suivront.

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