Manuel Valls loin de l’idéologie

La nomination de Manuel Valls et le discours plutôt réussi de celui-ci à l’Assemblée, le changement de Secrétaire général de l’Élysée, le remaniement aux subtils dosages « hollandistes » : tout porte la signature du chef de l’État dans l’actualité politique de ces dernières semaines. Le président de la République parfois accusé d’indécision a piloté, vissé, boulonné, une belle séquence qui ferait presque oublier un événement sur lequel il n’a eu aucune prise, le revers désastreux de sa famille politique aux municipales, en partie lié à sa propre impopularité. C’est bien joué. Nul ne pourra dire que les élections locales intermédiaires ne changent rien à la politique nationale. Les Français se sont exprimés et François Hollande leur a aussitôt proposé un « aggiornamento ». Qu’ont-ils voulu lui dire au juste, que leur a-t-il répondu en vérité ?  Ce dialogue sans phrases reste difficile à décrypter. Mais qu’importe puisque, en dépit de toute savante littérature, les Français veulent surtout que « ça change » quel que soit le pouvoir en place. On l’a vu lors de la présidentielle de 2012. Les récentes municipales, avec toutes leurs leçons particulières et même cuisantes, ont fourni pour l’essentiel le même enseignement : les repères sont déplacés par les citoyens qui s’abstiennent ou  manifestent leur mécontentement.  Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des électeurs ancrés dans leurs convictions, de droite ou de gauche, acquises au fil de leur histoire personnelle ou héritées de leur milieu familial. Il n’empêche que les abstentions ou les votes de rejet  déterminent les majorités depuis quelques lustres, inutile de se voiler la face à ce sujet.

Réputé peu « idéologue », le nouveau Premier ministre serait-il en conséquence le chef de gouvernement idéal pour coller à cette opinion de moins en moins convaincue d’avance, réclamant de l’action et des résultats plus que la fidélité aux catéchismes anciens ? Il y a beaucoup d’indices qui donneraient à le penser. À ceci près que la vie politique ne saurait être déconnectée de la vie économique. Les Français sont devenus des adeptes de Deng Xio Ping, père de la mutation chinoise, qui disait : « Que le chat soit noir ou gris, l’important est qu’il attrape des souris ». Tout ira bien pour Manuel Valls si le chômage recule et le pouvoir d’achat s’améliore un tant soit peu. Avec une reprise trop lente et des réformes cafouilleuses,  le nouveau locataire de Matignon rejoindrait très vite François Hollande dans la forêt sombre et humide de l’impopularité. Devant les députés, il a fait preuve d’une netteté et d’un volontarisme – sans parler de son sang-froid face à des provocations plus vives que de coutume – qui montrent que l’expression « gouvernement de combat » n’a peut-être pas été utilisée à la légère.  Le reste sera affaire de doigté comme de circonstances et – osons le mot – de chance.

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