Les énergies renouvelables, nouvelle filière industrielle française

Un entretien avec Jean-Louis Bal, Président du Syndicat des énergies renouvelables

Les énergies renouvelables (ENR) sont nombreuses (solaire, éolien, hydraulique, etc.). Selon vous, sur lesquelles faut-il investir aujourd’hui ?
Sur toutes bien sûr ! Ne mettons pas tous nos œufs dans le même panier ! L’Union européenne s’est fixé un défi : faire grimper à 20 % la part des ENR dans la consommation totale d’ici à 2020. A l’occasion du Grenelle de l’Environnement, la France a été plus loin en montant ce seuil à 23 %. Ces objectifs sont suffisamment ambitieux pour que l’on ne se permette pas de négliger telle ou telle filière. D’autant plus qu’à l’horizon 2050, d’après une étude de l’Agence internationale de l’énergie, le taux de pénétration des ENR pourrait atteindre 50 %. Dès lors, il faut investir sur l’ensemble des filières, y compris celles qui sont actuellement peu rentables. Sur le court terme, les technologies les plus contributrices sont l’éolien et la biomasse. Mais à plus long terme, le solaire photovoltaïque, thermique et thermodynamique et les énergies marines seront de plus en plus importantes, pour des raisons énergétiques mais aussi industrielles. Il faudra aussi compter avec la géothermie. Elle ne concerne actuellement en France que 150 000 équivalents- logements – principalement en région parisienne – mais notre pays possède un important gisement exploitable et un réel savoir-faire dans ce domaine.
Quelles conséquences a eu le Grenelle de l’Environnement sur la filière renouvelable ?
Le secteur était déjà très dynamique, mais le Grenelle a été une consécration.

La fixation des “objectifs 2020”, se traduit, en valeur absolue, par une augmentation prévue de la contribution des énergies renouvelables de 20 millions de tonnes équivalent pétrole ! Nous avons également salué la création du Fond chaleur Renouvelable à destination des collectivités et des entreprises, confié à l’ADEME et doté d’un milliard d’euros pour la période 2009-2011. Plus globalement, le Grenelle a permis d’instaurer un dialogue entre des parties (Éttat, collectivités locales, ONG, entre- prises) qui n’avaient pas l’habitude de se fréquenter. Mais il a aussi eu des effets contraignants. Je pense notamment au classement ICPE (Installations classées pour la protection de l’environnement) des éoliennes qui en font des installations jugées nuisibles à la commodité des riverains. Par ailleurs, on exige des développeurs qu’ils installent des parcs d’au moins cinq éoliennes. Dans les régions à habitat dispersé, comme la Bretagne ou la Normandie,
il est donc devenu quasiment impossible d’en construire puisqu’il est demandé qu’elles soient à la fois nombreuses, et éloignées des maisons ! Depuis un an et demi, l’esprit du Grenelle tend à reculer. Les moyens ne sont pas suffisants pour atteindre les objectifs fixés ! Sur les 20 millions de tonnes d’équivalent pétrole nécessaires pour atteindre l’objectif européen, nous n’en produirons, au rythme actuel, qu’entre 12 et 13…
Dans ces conditions, quel regard portez-vous sur le moratoire décidé par le gouvernement sur le soutien public à la filière photovoltaïque?
Il freine considérablement le développement de la filière. Les tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque étaient trop élevés, il fallait effectivement les réduire. Nous le recommandions depuis longtemps. Mais cela aurait du être fait plus tôt et moins brutalement afin d’éviter un emballement du marché suivi d’une destruction. Jean-Louis Borloo, à l’époque Ministre de l’Ecologie, avait annoncé une première réduction des tarifs en novembre 2008. Elle ne fut effective qu’en janvier 2010 ! Parallèlement, en 2009, les prix des panneaux photovoltaïques sur le marché international se sont effondrés d’environ 30 % avec pour conséquence une forte augmentation de la rentabilité des projets. Le moratoire va réduire le marché principalement à partir de 2012, mais dès 2011 dans le secteur des particuliers. Environ la moitié des emplois créés dans le photovoltaïque français seront en péril. Le plus grave est que tout cela se passe au moment même où émergeait une filière industrielle française, dont l’élan a été brisé. Nous préconisons d’aménager les dispositions prises par le gouvernement, de relever le niveau du marché et d’accentuer le soutien à l’industrie et à l’innovation. Le gouvernement pourrait, de plus, assurer une communication positive sur le photovoltaïque.
Nicolas Sarkozy a confirmé, en janvier dernier, l’appel d’offres pour l’éolien en mer, attendu depuis des mois. Qu’en attendez-vous ?
C’est un enjeu important car il concerne la moitié de l ’ “objectif de 2020 de l’éolien maritime”, soit 3 gigawatts, sur un total de 6 prévus par le Grenelle. Une véritable filière française peut naître. Au-delà de la production d’électricité éolienne, l’idée est d’enclencher un développement industriel. Nous avons beaucoup travaillé en favorisant les contacts entre entreprises du secteur éolien et industriels plus classiques. L’appel d’offres sera clôt en novembre prochain, et la Commission de régulation de l’énergie communiquera ses préconisations en mars 2012. La publication des résultats dépendra alors du gouvernement. Le projet suscite beaucoup d’espoirs, en particulier dans les régions portuaires qui y voient une opportunité de diversifier l’industrie navale. L’appel d’offres fait, en effet, la part belle au développement local. N’oublions pas que nous parlons d’investissements à hauteur de 10 milliards d’euros !
Le risque d’accident nucléaire à la centrale japonaise de Fukushima repose le débat de la composition du mix énergétique. Que préconise le SER ?
Que l’on sorte partiellement ou totale- ment du nucléaire, ou que l’on continue à le développer, une chose est sûre : le prix de l’électricité continuera à augmenter. La rentabilité des énergies renouvelables va donc s’améliorer et il faudra augmenter leur part dans le mix énergétique. Deuxième conséquence, l’électricité devenant plus chère, les revenus des consommateurs diminueront. La consommation d’énergie des ménages doit donc baisser ! Pour cela, il faut proposer des équipements plus per- formants et isoler les bâtiments ou bien préférer les énergies renouvelables aux modes de chauffages actuels (fuel, gaz, électricité.). En France, le prix du kilowattheure est d’environ 12 centimes, contre 23 centimes en Allemagne. La conséquence est qu’un ménage allemand consomme environ 1 700 kilowattheures par an (un ménage français, 2 500) sans pour autant renoncer à son confort mais le prix de l’électricité le pousse à s’équiper d’équipements performants.

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