Les cerveaux numériques sur tous les fronts

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Véhicules autonomes, robots, traduction automatique, systèmes prédictifs, chatbots*, l'intelligence artificielle (IA) intervient dans tous les secteurs d’activités de la vie quotidienne. La puissance de calcul quasi “infinie” du Cloud ainsi que les énormes volumes de données désormais disponibles ont eu raison des limites techniques jugées hier indépassables. Un essor vertigineux.

Les avancées récentes de l’apprentissage automatique ou Deep Learning* ont conduit à des succès spectaculaires. Dans le domaine de la reconnaissance d’images par exemple, les systèmes sont désormais plus performants que les humains.

La défaite historique subie par le champion du monde de jeu de Go face à la machine AlphaGo, a marqué les esprits, car c’est “le jeu le plus compliqué que l’homme est capable de conceptualiser” selon Yves Demazeau, directeur de recherche au CNRS spécialiste de l’intelligence artificielle.

Plus généralement l’intelligence artificielle permet de construire des systèmes de plus en plus autonomes qui perçoivent et communiquent avec leur environnement (voix, vision…), raisonnent, agissent et au passage, apprennent et s’améliorent. Ils sont notamment capables de résoudre des problèmes complexes non accessibles à l’informatique classique et de s’adapter à des environnements incertains.

 

Multiples tâches

L’explosion des données disponibles (objets connectés, dématérialisation, réseaux sociaux, etc.), l’accroissement important de la puissance de calcul et les progrès en algorithmique – notamment dans le domaine de l’apprentissage automatique – ont levé un certain nombre de verrous technologiques. Grâce au “deep learning” l’intelligence artificielle a fortement progressé pour de multiples taches (reconnaissance visuelle, traitement de la parole, etc.) et permis la démocratisation de ses usages (diffusion de bibliothèques logicielles et modèles en open source, l’émergence de services cognitifs accessibles via des API(1), etc.).

L’IA est aujourd’hui un enjeu essentiel pour l’économie et la société. Il suffit de constater la multiplication des applications dans la vie quotidienne (assistants virtuels, domotique, véhicules semiautonomes, etc.). Elle a fait irruption dans les médias et le débat public, sous l’angle notamment de ses impacts sociétaux mais aussi dans les entreprises.

 

Dans tous les secteurs

Le monde de la santé est le premier concerné. L’intelligence artificielle est couramment utilisée pour l’aide au diagnostic. On voit émerger l’usage de robots chirurgiens, et l’interprétation d’images médicales est en cours d’expérimentation.

Lors du forum Netexplo 2018, plusieurs innovations relevant de l’IA et destinées à aider les personnes handicapées ont été présentées. Ainsi une prothèse bionique douée de vision ou encore un implant qui permettrait de contrôler un exosquelette par la pensée. Autre domaine où les innovations sont remarquables, celui des transports. Les nouveaux véhicules sont “intelligents”, progressivement les infrastructures sont connectées et on expérimente les véhicules autonomes.

De façon plus classique, la reconnaissance d’images contribue efficacement à lutter contre la délinquance. Ainsi une société spécialisée dans la vision artificielle participe au combat contre le braconnage des éléphants et des rhinocéros en Afrique. L’analyse prédictive qu’elle transmet permettant d’associer l’usage de drones et de patrouilles et d’identifier les troupeaux d’animaux et d’éventuelles équipes de braconniers.

 

L’impact sur l’emploi

La plupart des études montrent qu’une proportion significative des emplois actuels pourrait être robotisée : 10% des métiers sont automatisables et 50% susceptibles d’être transformés. Dans un rapport publié en 2017, le cabinet de conseil McKinsey & Company estime que d’ici 2030, entre 400 et 800 millions d’emplois seront automatisés.

Pourtant selon Ulrich Spiesshofer(2), PDG d’ABB, l’un des leadeurs mondiaux dans les technologies de l’énergie et de l’automation : “la crainte de l’obsolescence de l’homme dans le monde du travail n’est pas fondée”. S’il ne nie pas que “l’intelligence artificielle et l’automatisation feront évoluer le marché de l’emploi” il assure que “de nouveaux métiers que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd’hui émergeront.” La question de la formation initiale et tout au long de la vie est donc essentielle pour s’adapter aux nouveaux enjeux.

 

Notre pays veut s’imposer comme une référence de l’IA.

 

Et sur le plan éthique ?

L’intelligence artificielle par son essor vertigineux et par ses effets va-t-elle bientôt dépasser celle des humains ?

Certains scientifiques et entrepreneurs, tels Stephen Hawking ou Bill Gates, partagent ces perspectives et s’en inquiètent. Même Elon Musk, le grand entrepreneur innovateur américain, a mis 10 millions de dollars à la disposition des chercheurs du Future Life Institute pour mener trente-sept projets contre les dangers de l’intelligence artificielle.

L’autre interrogation concerne les menaces d’une utilisation malveillante de l’IA qui pourrait atteindre nos démocraties. Le 20 février dernier, 26 experts anglo-saxons dans un rapport intitulé “l’utilisation malicieuse de l’intelligence artificielle : prévision, prévention et atténuation”, dressaient un tableau inquiétant des dangers potentiels et tiraient la sonnette d’alarme : “si on ne fait rien, l’intelligence artificielle pourra à court-terme menacer grandement les démocraties et leurs populations”. Ils pointent les risques de détournement de l’IA à des fins criminelles ou délictuelles, par exemple des terroristes utilisant des drones ou des véhicules autonomes pour déposer des bombes, mais également son utilisation à des fins politiques pour mener “des campagnes de désinformation automatisées et hautement personnalisées” par exemple.

 

La prochaine étape

Les usages malveillants de l’IA sont bien réels, mais ils ne doivent pas occulter tous les progrès que celle-ci apporte. Economiquement, l’intelligence artificielle est une formidable opportunité. De nombreuses offres apparaissent sur le marché, aussi bien chez les éditeurs qu’en Open Source. L’écosystème des startups qui travaillent sur le sujet explose. Dans les entreprises, l’IA apparaît aujourd’hui comme le “next step” incontournable de la transformation numérique, qui permet d’aller plus loin dans l’appui aux métiers. Il n’est plus simplement question par exemple, de diagnostiquer qu’une panne est en préparation sur tel équipement. Il s’agit de dire pourquoi c’est grave, quelles actions il faut mettre en place de manière préventive et éventuellement, lancer automatiquement certaines d’entre elles. Pour ce faire, l’intelligence artificielle ne raisonne pas seulement sur des données mais aussi et surtout, sur des connaissances et en particulier des connaissances métiers.

 

Une référence

Que ce soit du côté de ses start-ups ou de ses chercheurs, la France dispose d’un terreau très favorable. La recherche est d’ailleurs portée par la qualité des performances françaises dans le domaine des mathématiques. Pariant sur l’hexagone pour le futur de l’IA, Facebook comme Google viennent d’annoncer la création de centres de recherches sur le sol français.

Notre pays veut s’imposer comme une référence de l’IA. C’est l’objet du rapport commandé par Edouard Philippe au député Cédric Villani. Celui-ci, médaillé Fields, a pour ambition de dresser une feuille de route sur l’intelligence artificielle pour le gouvernement dans les années à venir. “Quels axes actionner du point de vue économique, politique, culturel, éthique, dans l’éducation… ?” Avec comme ligne directrice que l’IA ne doit pas être vue comme un domaine spécialisé, mais comme l’affaire de tout le monde.

En attendant, “le propre de l’intelligence artificielle est son impermanence ; elle n’est jamais figée, elle est “à venir” ! Pour être réellement intelligente, elle devrait avoir achevé le miracle de n’être plus artificielle”.

 

(1) Interface de programmation applicative.

(2) Tribune publiée dans Le Monde | 28.02.2018.

 


* PETIT LEXIQUE

Cloud : Le cloud computing, ou l’informatique en nuage consiste à exploiter la puissance de calcul ou de stockage de serveurs informatiques distants par l’intermédiaire d’un réseau, généralement Internet.

Chatbots : système automatisé capable de converser en langage naturel avec un être humain et de répondre à ses questions, qu’il soit client, salarié, fournisseur, …

Deep Learning : Outil d’Intelligence Artificielle qui repose sur une approche par apprentissage où des exemples résolus sont utilisés pour “apprendre” au système la tâche à réaliser, comme le font les humains.

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