« L’éclairage public : 50 % de la facture énergétique d’une ville »

Priorité à la performance. Face aux enjeux environnementaux, le Syndicat de l’éclairage souhaite construire un cadre favorable pour engager une transition énergétique entrainante.

JM Trouis_

Vous souhaitez accompagner les propriétaires de bâtiments du tertiaire dans l’efficacité énergétique. Par quels moyens ?

L’éclairage intérieur représente 15 à 20% des consommations des bâtiments – l’éclairage public, c’est 50% de la facture d’électricité d’une ville. Il s’agit donc une part importante du coût global, on l’oublie trop souvent! Les industriels de l’éclairage proposent aujourd’hui des solutions aux maîtres d’ouvrage pour maîtriser ces coûts dans le neuf comme dans la rénovation. Elles permettent de réduire les consommations et d’améliorer le bien-être et l’ergonomie et ainsi de faire nettement baisser la facture d’électricité. Les élus des collectivités locales ont des budgets de plus en plus minces, ils n’ont pas les moyens d’investir dans des rénovations de grande ampleur ; l’éclairage peut être en ce sens une priorité dans la transition énergétique des territoires. Nous estimons, avec le Ministère de l’écologie et l’ADEME, qu’1m² d’éclairage rénové c’est 7 à 8euros d’économie par an : l’investissement initial d’un éclairage ne représente pas plus de 20% de la facture totale.

L’arrêté du 29 janvier 2013 va dans le sens de la sobriété énergétique, en contraignant à éteindre la nuit la lumière des bâtiments publics. Qu’en pensez-vous ?

L’interdiction d’un éclairage intérieur visible de l’extérieur la nuit est en soi une bonne idée. Néanmoins, si on songe que 90% de la consommation totale a lieu le jour, on ne peut constater que des économies d’énergie marginales la nuit. L’enjeu énergétique est ailleurs ! Nous souhaitons aller au-delà de la solution binaire ; éteindre l’éclairage la nuit ne règle pas le problème de fond c’est-à-dire des produits souvent vétustes qui continuerons à consommer beaucoup d’énergie en journée. La performance viendra d’abord des lampes et des luminaires choisis puis des automatismes qui y seront associés.

Le rapport Gauchot fixe une réduction d’au moins 25 % des consommations d’énergie d’ici 2020. Cet objectif est-il viable dans votre secteur ?

Le rapport indique de bonnes pistes et le Syndicat de l’éclairage s’est associé à la Charte du Plan Bâtiment Durable pour les bâtiments tertiaires. Nous démontrons que des solutions performantes et éprouvées peuvent réduire de 50 à 75 % la consommation d’énergie des bureaux, des écoles et des hôpitaux par exemple. Les « fiches d’opérations exemplaires » accessible sur notre site illustrent ces réelles économies ! Car pour rénover l’éclairage, il ne suffit pas d’installer des automatismes… il faut construire rationnellement un vrai projet, pensé dans sa globalité : installer d’abord de bons outils, par exemple, pour les bureaux ou les écoles, des luminaires LED ou tubes T5 qui apportent déjà 50 % d’économies, puis prévoir les automatismes qui agissent en fonction de la présence et de la lumière du jour pour abaisser encore de 20 à 30 % les consommations.

La directive sur l’efficacité énergétique du bâtiment implique d’adopter de nouvelles règles en la matière. Avec quelles solutions pour l’éclairage en France?

Il s’agit des opérations standardisées éclairage et du dispositif des certificats d’économie d’énergie (CEE). Longtemps négligé, l’éclairage est aujourd’hui reconnu comme un gisement d’économies. Enfin, la circulaire du Premier ministre du 3 décembre 2008 est venue inscrire dans le marbre la nécessaire exemplarité de l’Etat en matière d’éclairage. Les textes sont là, notre souhait est aujourd’hui de les voir appliqués puisqu’ils impliqueraient une rénovation des installations pour davantage d’efficacité énergétique.

Mais de fait, le rythme des rénovations est moins rapide en France que dans d’autres pays européens. A titre d’exemple, l’Etat allemand a accompagné la rénovation de son parc d’éclairage public, à 45% équipé de LED aujourd’hui contre 15% seulement en France. Il faut lever les freins à l’investissement grâce à des mécanismes de tiers financement ou de prêt à taux bonifiés par exemple. Construisons un cadre favorable pour une transition énergétique entrainante !

Propos recueillis par Colombe Dabas

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