Le sport, nouvelle passion du Quai d’Orsay

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Plus aucun doute : c’est bien à Paris que se dérouleront les Jeux Olympiques en 2024. L’occasion de revenir sur le travail effectué dans le cadre d’une spécialité méconnue mais de plus en plus importante du Quai d’Orsay : la diplomatie sportive.

Et si la nouvelle arme de la diplomatie française était le sport? La question mérite d’être posée tant la majorité de la classe politique a affiché son soutien à la candidature parisienne pour les les JO de 2024. Pourtant, la diplomatie sportive est une discipline récente en France. Elle doit son existence aux échecs répétés des candidatures françaises à l’accueil des JO 2012 et 2018, dont l’organisation a été respectivement attribuée à Londres et Pyeongchang. Laurent Fabius, Ministre des Affaires Étrangères de l’époque et Valérie Fourneyron, Ministre des Sports ont alors lancé, en janvier 2014, un plan d’action dont le but est de faire rentrer le sport “dans l’ADN diplomatique français”: la diplomatie sportive française a ainsi vu le jour.

Mission accomplie: Paris 2024

“La diplomatie française faisait de la diplomatie sportive comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir: nous en faisions sans organisation, sans coordination, sans vision globale”: C’est en tout cas ce que pense Philippe Vinogradoff, ambassadeur français pour le sport. Selon le haut fonctionnaire, ce qui caractérise le renouveau de la diplomatie sportive française, c’est bien cette volonté récente de “faire du sport un des instruments de la diplomatie globale de la France” car ajoute-t-il “cela fait bien longtemps qu’elle ne se résume plus à des négociations entre Etats. Elle a dû intégrer les aspects économiques, touristiques, et maintenant sportif”. Dans une époque où le sport transcende les frontières pour offrir un spectacle à échelle planétaire, où le soft et smart power se révèlent souvent bien plus efficaces que d’imposer ses volontés par la manière forte, le Quai d’Orsay a bien compris que le sport représentait “un instrument majeur d’influence et de développement”.

© Ministère de l’Europe et des affaires étrangères/Frédéric de La Mure

Philippe Vinogradoff, ambassadeur français pour le sport. © Ministère de l’Europe et des affaires étrangères/Frédéric de La Mure

Ces derniers temps, c’est bien évidemment la candidature parisienne pour l’organisation des JO 2024 qui a le mieux symbolisé le travail de ce nouveau service des Affaires Étrangères. Alors que l’accueil de Grands Événements Sportifs Internationaux (GESI) fait partie intégrante de la stratégie de la diplomatie sportive française, Philippe Vinogradoff explique que “les JO constituent le plus grand événement sportif du monde. Ses répercussions seront considérables en terme d’image, pas seulement pour Paris mais pour la France entière”. L’ambassadeur poursuit: “Un tel événement représente un accélérateur formidable en termes de politiques publiques. Il permet de mettre en avant les territoires, promouvoir un savoir-faire français et des valeurs chères à notre pays comme le développement du sport pour tous ou la lutte contre toute forme de discrimination”. En tant qu’événement sportif suprême, les Jeux Olympiques représentent un puissant catalyseur diplomatique: capable d’entraîner tous les acteurs nationaux dans une même dynamique et de river les yeux du monde sur le pays organisateur, ils constituent un instrument d’influence privilégié.

Un enjeu économique indéniable

Mais cette perpétuelle recherche de rayonnement ne permet pas d’expliquer à elle seule l’intérêt de plus en plus prononcé qu’éprouve le Quai d’Orsay envers le sport. Les motivations sont aussi d’ordre économique. Un avis que partage Wladimir Andreff, président du conseil scientifique de l’Observatoire de l’Économie du Sport et professeur émérite d’économie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne : “aujourd’hui, l’économie du sport représente 1,8% du PIB français. Ce n’est pas négligeable, c’est plus que l’industrie textile”. Et il s’agit d’un secteur d’autant plus intéressant qu’il est en expansion selon l’économiste: “ Au début des années 2000, l’économie du sport était le deuxième secteur en termes de rythme de croissance, derrière l’e-économie. Il a relativement bien résisté à la crise et continue de croître aujourd’hui”.

Ce nouvel enjeu économique est lui aussi lié à l’organisation de ces fameux GESI, le but étant de maximiser les retombées économiques de tel évènements, en particulier le tourisme et le secteur de la construction via le financement de nouvelles infrastructures. Wladimir Andreff précise: “ l’impact économique découle d’une injection nette d’argent dans l’économie française, qui ne se serait pas produite si la compétition n’avait pas eu lieu”, avant de poursuivre : “concernant la candidature parisienne pour l’organisation des JO 2024, les estimations de l’impact économique donne une fourchette allant de 5 à 11 milliards d’euros, l’estimation la plus vraisemblable se situant autour des 8 milliards”. Mais le spécialiste met en garde car même si “ces événements laissent un certain héritage puisque les infrastructures vont durer et servir aux habitants” les GESI “ne peuvent pas réellement booster la croissance à long terme”, avant d’ajouter que “les JO coûtent en moyenne deux fois plus cher que prévu”.

Développement économique, course au prestige, promotion des territoires et diffusion de valeurs universelles… pour toutes ces raisons le soutien à la candidature Paris 2024 s’est imposé comme la mission principale de la diplomatie sportive française. Un objectif prioritaire parfaitement rempli, mais pas final comme le rappelle Philippe Vinogradoff: ”l’accueil des JO s’inscrit dans une stratégie diplomatique de long terme. Ce n’est pas un one shot. Il faut que des choses se passent avant mais surtout après”. Si l’accueil des JO en 2024 vient couronner les débuts de la dernière branche de la grande et vieille famille de la diplomatie française, on dirait bien que sa croissance ne fait que commencer.

Le Tour de France, l’illustration emblématique de la diplomatie sportive française
Le Tour de France est sans aucun doute l’événement sportif annuel qui participe le plus au rayonnement de la France à l’international. Créé en 1903 et destiné en priorité aux cyclistes amateurs, il est devenu une véritable industrie génératrice d’importants revenus. On estime par exemple à 2 millions d’euros les retombées économiques directes pour les villes-étapes. Mais l’on aurait tort de résumer son impact aux seules bénéfices économiques. Car le Tour de France, c’est aussi une marque reconnue partout dans le monde: l’événement est diffusé dans plus de 190 pays à travers le globe et est suivie par environ 3,5 milliards de téléspectateurs sur 21 jours de course. C’est une formidable vitrine qui permet de mettre en valeur la singularité, la diversité des territoires français ainsi que la richesse du patrimoine hexagonal. C’est pourquoi la “Grande Boucle” est aujourd’hui considérée comme partie intégrante de la diplomatie sportive française. En témoigne l’exposition “Le Tour et l’Europe”, co-organisée par ASO et le ministère des Affaires Étrangères qui s’est achevée le 18 septembre dernier.

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