L’autorité au perchoir 

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Il ne suffit pas d’être nombreux, encore faut-il se montrer disciplinés. Ce fut la loi d’airain des légions de César face aux Gaulois querelleurs. En garnissant une majorité de sièges dans l’hémicycle, les élus de la coalition LRM-MODEM ont réussi la toujours spectaculaire installation d’une force politique dominante. Mais les nouveaux champions de la représentation nationale ont surtout confirmé comme un seul homme – c’est le cas où jamais de l’écrire – que les voix ne se perdaient pas dans leurs rangs. Aucune anicroche, pas même au nom d’un féminisme vite éteint, lors de l’élection des présidents de groupes Richard Ferrand et Marc Fesneau. Pas l’ombre d’une discorde au moment du vote plébiscitaire précédant la montée triomphale au perchoir de l’ancien candidat écologiste à la primaire de la gauche François de Rugy. Celui-ci bénéficiait manifestement des plus hauts parrainages de l’Exécutif. Et les courroies de transmission entre l’Elysée, Matignon et le Palais Bourbon ont montré qu’elles fonctionnaient d’autant mieux qu’elles étaient toutes neuves. Disons le tout net : le renouveau visible des visages et la féminisation de la chambre n’inaugure pas forcément une ère d’indépendance accrue de l’institution parlementaire. Certes, on aura entendu Richard Ferrand, nouveau président du groupe majoritaire, proposer de soumettre à réélection tous les titulaires de postes électifs – y compris lui-même ! – à mi-mandat. Ce qui dénote une certaine prise de liberté vis à vis des usages et, notamment, de la Constitution qui fixe la durée de la fonction de président de l’Assemblée.

Chaque renouvellement de l’Assemblée voit ainsi quelques innovations « émancipatrices » (les fameuses « niches parlementaires » ou la séance supplémentaire de questions orales). Cette année, la floraison des groupes suscite la curiosité. « Recomposition » aidant, de petites structures permettent à beaucoup de mieux se situer par rapport au Pouvoir. Il sera intéressant de les voir évoluer. Mais, soyons-en sûrs, c’est le principe majeur du « parlementarisme rationalisé », comme l’appelait feu Maurice Duverger au début de la Vè République, qui effectue un retour en force : il est discrètement mais fermement rappelé à tous les députés de la majorité que l’essentiel de leur tâche consistera à soutenir le président de la République et son gouvernement. On ne saurait interpréter hors de ce schéma la désignation de François de Rugy, parlementaire disposant de l’autorité que confère une longue expérience d’élu. Et après tout, les institutions étant ce qu’elles sont, est-ce que les choses ne sont pas plus claires ainsi ? Le quinquennat de François Hollande aura laissé un souvenir mitigé quant au lien entre l’Exécutif et le Législatif. L’ancien président a disposé d’un Parlement tout à fait en accord avec ses idées en début de mandat puisque le Sénat était censé être « passé à gauche » avec l’élection de Jean-Pierre Bel quelques mois plus tôt. La bouderie des communistes, s’alliant parfois à la droite, a pourtant vite ruiné tout espoir d’assise sénatoriale pour le locataire de l’Elysée. Pire, à l’Assemblée, le mouvement dit des « frondeurs » a profondément divisé le groupe socialiste majoritaire et contrarié à maintes reprises les projets du gouvernement, notamment ceux de Manuel Valls.. Sans grand profit politique pour personne au bout du compte. Nul doute qu’Emmanuel Macron, qui a vu tout le film, n’en ait pas tiré un jugement un peu dubitatif quant aux soutiens parlementaires mal verrouillés.

Copyright de l’image à la Une : Groupe PS à l’Assemblée nationale

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