L’apocalypse attendra

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Il s’en est fallu de peu ! Car d’après les prédictions du calendrier maya, notre civilisation aurait dû s’éteindre sans même avoir eu le temps de succomber aux réjouissances de fin d’année, le 21 décembre 2012. De toutes les prophéties funestes, celle-ci a suscité un rare engouement, d’autant plus surprenant dans une société dominée par le rationalisme et la science. Retour sur un cas d’école.

2012. Des superproductions hollywoodiennes aux discours d’illuminés, jamais une suite de chiffres n’aura soulevé autant d’émotion, divisant la population entre sceptiques et fanatiques convaincus. Si aujourd’hui le calendrier maya a de toute évidence terminé son cycle, le monde, semble-t-il, tourne encore. L’emballement pour cette énième théorie apocalyptique s’explique en partie par le fait que le XXIe siècle est le point de convergence de nombreuses autres prédictions non moins pessimistes.

À commencer par le Yi Jing (ou livre des mutations), l’un des plus anciens textes de Chine communément utilisé pour prédire l’avenir grâce à un système de traits continus/discontinus dessinés en fonction du résultat d’un lancer de pièces. C’est le philosophe américain Terrence Mc Kenna qui, en transposant six lignes et 64 pictogrammes  de cet écrit, a pu reconstituer un graphique qui concorderait étrangement avec plus de 4 000 ans d’histoire de l’humanité… en prenant fin lui aussi au 21 décembre 2012. Dans le même registre, au VIe siècle, la Sibylle de Cumes aurait prédit que le monde durerait neuf cycles de 800 ans chacun, la dixième génération qui verrait le jour dans les années 2000 étant amenée à être la dernière…  « Le monde sera secoué par un violent tremblement de terre qui enverra plusieurs villes à la mer, la guerre éclatera […] le peuple connaitra la colère des dieux ». Ces présages du quatrième livre des oracles sibyllins n’auraient perturbé personne si la prophétesse n’avait pas également prédit des faits historiques confirmés comme l’invasion de l’Italie par Hannibal ou encore l’accession au pouvoir de l’empereur Constantin. Plus récemment au XVIe siècle, Ursula Southeil, également surnommée la « mère Shipton » aurait annoncé que « la moitié de l’humanité mourra dans un bain de sang » quand « les tableaux auront l’air vivants », ou encore quand « les hommes devanceront les oiseaux en s’élançant vers le ciel ». Autrement dit, maintenant.

De nos jours, ces oiseaux de malheur prêtent facilement à sourire. Néanmoins, si de tous temps les Hommes ont cru que la fin du monde était proche, jamais la gravité des risques encourus n’avait semblé aussi préoccupante. Et pour preuve, le spectre 2012 est encore d’actualité : désordres climatiques, hyperconsommation et obsolescence programmée sont autant de facteurs alarmants à défaut d’être fatals. La vérité, c’est que notre civilisation a encore de beaux jours devant elle, mais la planète ne pourra soutenir à long terme la frénésie du modèle contemporain. Si les ressources sont limitées, vouloir une croissance toujours plus exponentielle relève donc de l’utopie. Alors que jadis les inquiétudes trouvaient leur fondement dans des croyances et autres superstitions, des thèses scientifiques viennent désormais appuyer le compte à rebours d’un cataclysme planétaire… reporté ?

La dernière en date, une étude de la Simon Fraser University de Vancouver, publiée dans la revue Nature cet été a bouleversé la communauté scientifique en prédisant l’épuisement de la Terre d’ici la fin du siècle. S’appuyant sur le dernier point de basculement de la planète (inter glaciale, il y a 12 000 ans), les 18 scientifiques concernés affirment que le prochain changement d’état sera irréversible et fatal à tous, la Terre ne pouvant pas supporter des mutations énergétiques aussi brutales en si peu de temps. Si l’étude a rapidement rencontré – sans surprise – de nombreux détracteurs, l’ensemble des professionnels s’entendent néanmoins sur l’urgence de révolutionner le rythme de vie contemporain. Ainsi dit, le terme du calendrier maya annonçait symboliquement non pas la fin du monde, mais d’un monde. En cette première année du nouveau cycle long, peut-être serait-il sage de penser dès maintenant aux bonnes résolutions.

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