La paix des braves

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Tout est joué ? Pas encore. Précédée de « primaires » qui ont sollicité l’attention citoyenne au-delà du raisonnable et en toute inutilité, cette campagne présidentielle semble si interminable que d’aucuns voudraient en hâter la fin. Porte de Versailles, la mise en scène à grand spectacle saluant comme une victoire la qualification d’Emmanuel Macron au soir du premier tour n’a rien changé à la dure réalité du calendrier. Les Macronistes auraient tort de vendre la peau de l’ours. Il reste une étape ultime. Elle n’est pas gagnée d’avance car rien ne l’est jamais vraiment en politique. Une vision positive de notre société voudrait que, comme en 2002, le deuxième tour soit celui d’un large rassemblement de Français dressés contre l’extrême-droite. Il n’est pourtant pas sûr du tout que ce scénario ancien, qui n’avait d’ailleurs pas débouché sur les perspectives de recomposition politique qu’il promettait, se reproduise à l’identique. Marine Le Pen n’est pas son père. Elle est entourée de conseillers habiles à la manoeuvre qui ne seront ni taisants ni inertes dans l’intervalle de deux semaines qui nous sépare de l’échéance. Nul doute que le sentiment anti-européen, présent dans les argumentaires d’autres candidats du premier tour, sera d’une manière ou d’une autre exacerbé et exploité au service de la finaliste.

L’abstention pourra aussi constituer un autre atout pour les extrémistes car ils sauront, eux, n’en doutons pas, rester mobilisés. Une mobilisation que l’on n’observera pas forcément chez beaucoup d’électeurs de gauche, écoeurés par l’affrontement Mélenchon-Hamon et peu séduits par le curriculum vitae d’Emmanuel Macron. Et il ne manquerait plus, pour celui-ci, que François Hollande succombe à la tentation de lui apporter son soutien. De quoi dégringoler de quelques points….

A droite, la consigne de vote donnée par François Fillon, avec une grande noblesse et sans aucune ambiguité, risque de ne pas être suivie par tous ses électeurs. Non seulement la défaite enlève aujourd’hui de l’autorité à la voix de celui qui fut vainqueur de la primaire de la droite mais encore son électorat s’est construit sur une opposition farouche à la ligne centriste d’Alain Juppé puis, a fortiori, à celle d’Emmanuel Macron. Il n’est pas sûr du tout que cette crispation droitière se ramollisse par la magie d’une campagne de deuxième tour. Elle pourrait, si les esprits ne se ressaisissent pas, faire le jeu de Marine Le Pen, que celle-ci améliore mécaniquement son score du fait de l’abstention ou qu’elle engrange, carrément, des suffrages venus des rangs fillonistes…

Pour que les législatives soient envisagées sans rancoeurs ni règlements de comptes, il faudrait maintenant – avant même l’issue de la présidentielle – une sorte de « paix des braves », où le courage montré par chacun dans la bataille serait reconnu. Il serait vain, pour les grands partis, de sanctionner François Fillon et Benoît Hamon, ainsi que leurs proches, pour leurs échecs. Il serait tout aussi stupide de saboter par sectarisme la tentative de rénovation politique proposée par Emmanuel Macron au prétexte qu’il est trop jeune ou qu’il a trop de chance. Au sein de l’Assemblée qui se constituera après le 18 juin, on verra apparaître de nouveaux groupes. Ils travailleront tout l’été avec, espérons-le, un savoir-vivre démocratique retrouvé et nécéssaire. Car ils seront, en effet, plus nombreux, afin de représenter les cinq familles politiques bien distinctes que nous aura révèlé ce premier tour : centre, droite, gauche socialiste, gauche de la gauche, extrême-droite. Mais n’anticipons pas…

Jean-François Bège.

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