La fin des pesticides est-elle amorcée ?

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Joël Labbé, sénateur du Morbihan, a déposé mercredi 29 mars une proposition de résolution européenne visant à généraliser l’interdiction des pesticides pour les usages non agricoles. Il en profite pour revenir sur l’impact de sa loi en France.

« Les citoyens ne veulent plus de pesticides » : ce constat est sans appel pour Sophie Bordères de l’association Génération future. Elle cite en appui une étude de l’INSERM parue en juin 2013 soulignant « l’existence d’une association entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte, dont la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate comme le lymphome non hodgkinien et les myélomes multiples ». Ces produits au cœur du débat regroupent les herbicides, les fongicides et les insecticides, où des milliers de molécules seraient également impliquées.

« Nous n’avons plus le temps d’attendre la prochaine génération » s’alarme Joël Labbé. C’est pourquoi il souhaite une application européenne de sa Loi de 2014 relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Depuis le 1er janvier 2017, l’État, les collectivités territoriales et les établissements publics ont l’interdiction d’utiliser des pesticides pour l’entretien de leurs espaces. Par ailleurs, la Loi Labbé prévoit l’arrêt de la vente des produits phytosanitaires aux particuliers à compter du 1er janvier 2019.

 

Les alternatives aux pesticides pour des « villes Zéro-phyto »

De nombreuses collectivités françaises ont franchi le cap sans attendre l’entrée en vigueur de la Loi. C’est notamment le cas de Versailles, Mouans-Sartoux, Rennes ou encore Grande-Synthe qui sont passés au zéro-phyto y compris sur «  les espaces à contraintes » comme les cimetières ou les terrains de sport. À ce titre, Joël Labbé rappelle que : « si les villes françaises ont réussi, toutes les villes européennes doivent suivre, la Belgique est déjà en avance ».

« Comment faire pour maîtriser les herbes indésirables ? » : Joël Labbé évoque en ce sens plusieurs techniques curatives alternatives comme le désherbage manuel ou thermique.  Pour Sophie Bordères, l’intérêt de La loi Labbé est d’entamer une vraie réflexion sur les différents procédés envisageables pour éviter le recours aux phytos.

Le sénateur Labbé estime qu’il est essentiel de sensibiliser la population locale et de l’impliquer, rappelant que «  la loi est passée parce que les citoyens se sont emparés du sujet ». Pour Sophie Bordères, il faudra encore du temps pour faire accepter les nouvelles pratiques d’entretien et montrer que les « mauvaises herbes » ne sont pas forcément synonymes de saleté ou de négligence. Elle donne l’exemple des cimetières danois dans lesquels la nature a repris ses droits, contrairement à la France qui n’est pas encore dans cet état d’esprit.

 

Préserver les pollinisateurs : une nécessité pour la biodiversité

 Anne Furet, chargée de projet à l’Union Nationale des Apiculteurs Français, signale une situation paradoxale : « les abeilles se portent mieux en ville qu’à la campagne ». Cette espèce est particulièrement menacée alors que leur pollinisation est indispensable pour notre écosystème. Elle pointe du doigt les néonicotinoïdes qui agissent directement sur leur système nerveux, les insectes sont ainsi fragilisés et davantage vulnérables aux menaces.

Dans le cadre de l’examen du projet de Loi biodiversité en mars 2016, les députés ont voté l’interdiction de ce type d’insecticides à compter du 1er septembre 2018 pour l’ensemble des cultures agricoles, quels que soient les usages (pulvérisations, traitement des sols ou enrobage de semences). « Une belle victoire pour la biodiversité » s’enthousiasme Joël Labbé, espérant que sa proposition relance le débat pour leur interdiction totale en Europe.

 

La Loi Labbé : une première étape vers une agriculture sans pesticides ?

 Le sénateur Labbé a profité de la semaine « pour les alternatives aux pesticides » organisée par l’association Générations futures pour rappeler à quel point la transition vers une agriculture zéro-phyto serait possible grâce au développement d’autres méthodes. D’autant plus que le 8 mars 2017, le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a critiqué sévèrement le recours à grande échelle de ces produits au nom de la productivité de l’agriculture industrielle.

 Pour Joël Labbé, l’échec du plan ECOPHYTO 1 en France s’expliquerait par le manque d’options proposées aux agriculteurs. Selon lui, la solution se trouverait dans la polyculture sans engrais qui combine une ou plusieurs cultures et au moins un élevage. Les animaux sont alimentés par les cultures et prairies, lesquelles sont fertilisées en retour par leurs déjections. Aujourd’hui, le plan ECOPHYTO 2 a pour objectif de réduire de 50 % à l’horizon 2025 le recours aux produits phytosanitaires : en ce sens, le Sénateur Labbé envisage de nouveaux paradigmes pour parvenir à un succès.

Alors que la France reste le deuxième utilisateur de pesticides en Europe, Joël Labbé sait bien que la route sera longue, notamment dans un contexte économique extrêmement difficile pour le monde agricole. Il évoque également le poids des lobbies en prenant pour exemple l’affaire récente du glyphosate. Néanmoins, à l’en croire, cette proposition de résolution européenne  pourrait constituer une première étape vers la réduction massive de l’utilisation de pesticides dans l’agriculture.

 

 

Photo en une : © Guillaume BODIN.

 

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