La fausse bonne idée du vote par internet

L’idée revient régulièrement dans le débat public. L’urne 2.0 : pour voter de chez soi, en deux temps trois clics. PME et grands groupes proposent déjà leurs devis au partis politiques pour organiser les scrutins internes. Mais le procédé n’est pas sans faille.

Réconcilier les Français avec les élections

Exclusif ? L’un des risques du vote par Internet serait la mise à l’écart d’une partie des électeurs, et notamment des plus âgés qui n’auraient pas de connexion à Internet. Ce serait possible dans le cas d’un scrutin exclusivement online, mais un scrutin mixte ne poserait pas de problème sur ce plan. 

Trop cher ? Un autre écueil souvent avancé est celui du coût du scrutin électronique. Pourtant, selon le Nouvel observateur, certains devis proposés à l’automne à l’UMP pour l’organisation d’un scrutin interne tournaient autour de 250 000 et 300 000 euros, affranchissement compris. Soit seulement 100 000 euros de plus qu’un scrutin traditionnel.

Un remède à l’abstention ? C’est l’argument le plus utilisé par les défenseurs du vote par internet. Le scrutin pourrait se dérouler sur plusieurs jours, 24h/24, et ainsi permettre aux électeurs absents, nomades ou pêcheurs du dimanche de s’exprimer. L’organisation du scrutin ne mobiliserait pas autant de personnels, de matériel, de bureaux de vote, etc. bref ne nécessiterait qu’une logistique light. Quand au dépouillement, il serait automatique, donc plus facile et plus rapide.

Surtout, le recours à la technologie serait l’occasion d’expérimenter d’autres modes de scrutins, comme par exemple la méthode Condorcet dans laquelle l’unique vainqueur est celui, s’il existe, qui, comparé tour à tour à ses concurrents, s’avérerait à chaque fois être le préféré des électeurs. Ce système de vote est trop complexe pour un dépouillement à grande échelle mais un ordinateur serait capable de l’assumer.

Au regard des avantages du vote par internet, on comprend mieux l’emballement de ses partisans. Mais l’on n’est malheureusement pas encore capable de garantir sa sécurité.

 

La fin du vote traditionnel

La sincérité d’un scrutin réside dans la simplicité de son déroulement. Le votant glisse un papier dans une enveloppe qu’il insère ensuite dans une urne transparente, laquelle sera ouverte publiquement. Compliqué (mais évidemment pas impossible) de frauder, sauf à l’aide de complices et de manière organisée. Le vote électronique repose sur un autre procédé. À l’inverse de l’urne, l’ordinateur est un périphérique actif, qui peut potentiellement modifier l’information qui lui a été transmise (en l’occurrence le vote).

Dans ces conditions, peut-on être sûr que le scrutin ne sera pas l’objet de fraudes ? « On l’a vu lors des législatives de mai dernier : des hackers plus malins que les autres peuvent modifier les scrutins », a prouvé Pascal Samama, rédacteur en chef adjoint de 01net.com. Invité, comme d’autres informaticiens aguerris, à éprouver le nouveau système de vote mis en place par le ministère des Affaires étrangères, il mit en évidence l’hypothèse de certaines failles. Surpris de les retrouver dans le logiciel utilisé aux législatives, il décida de faire la démonstration qu’il était possible de modifier le vote d’un utilisateur dans une vidéo et un document de 20 pages, rendus publics. Sa conclusion est sévère :

–      « l’intégrité du votant ne peut être garantie ;

–      l’administration dispose d’un système de vote qu’elle présente comme sécurisé, mais  qui ne l’est pas ;

–      l’attaque est tellement simple qu’une administration politique aux intentions discutables peut facilement décider du résultat d’un scrutin.

Compte-tenu de cette analyse et du fait qu’une élection se joue parfois à un faible pourcentage […] le vote par internet ne garantit pas à l’heure actuelle les besoins d’un système de vote démocratique contrairement à un vote dans l’isoloir ». 

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