La détermination de Jean-François Copé

Il existe un vieil adage en démocratie : le pouvoir appartient à celui qui totalise sur son nom la moitié des votes plus un. A condition bien sûr que le décompte soit juste et accepté par tout le monde. Si le feuilleton de l’UMP paraît ne plus devoir finir, c’est en raison de l’absence de « juges de paix » susceptibles de dire, comme le ferait le Conseil constitutionnel après un scrutin public,  si quelqu’un a gagné de façon incontestable ou si la partie doit être rejouée.  Alain Juppé paraissait présenter sur ce point nombre de garanties. Mais le maire de Bordeaux s’est heurté à la détermination d’un Jean-François Copé persuadé que l’existence même d’une « mission de bons offices », fonctionnant hors de la hiérarchie  du parti qu’il contrôle, revient à reconnaître que sa présidence est sujette à interrogations. Alors même qu’il s’estime mathématiquement vainqueur…

Dans son esprit, tout est négociable – notamment autour de la répartition des responsabilités – pour peu qu’il soit, d’abord, reconnu comme étant le président élu. Alain Juppé n’a pas voulu l’affronter ni dénoncer publiquement ce préalable qui décourage en fait toute entreprise de médiation. L’ancien Premier ministre s’est donc borné à constater que les conditions de sa mission n’étaient pas réunies. Formule plus floue que celle qui aurait consisté à dire que François Fillion acceptait son arbitrage mais que Jean-François Copé n’en voulait pas.

Alain Juppé ne s’est sans doute pas exprimé ainsi par pusillanimité, mais tout simplement pour éviter de se brouiller avec des « Copéistes » parmi lesquels il compte beaucoup d’amis, notamment sur ses terres girondines, alors que se profilent nombre d’échéances électorales. En dehors du recours à la sagesse longue et méticuleuse de la justice ordinaire, les « Fillonistes » pourraient de leur côté, s’en remettre à la seule autorité susceptible de s’imposer à tous : celle de Nicolas Sarkozy. Mais il faudrait pour cela que l’ancien chef de l’Etat, par ailleurs très occupé ces derniers jours – avec une conférence à Shangaï après une audition judiciaire à Bordeaux – ait envie de revenir plus tôt que prévu dans le jeu politique. Ce retour ne serait pas dénué de risque dans les circonstances actuelles. Son entrée en mêlée pourrait en effet déplaire à nombre de ses proches, forts sensibles à la dialectique pugnace de Jean-François Copé. Pour celui-ci, en effet, les médiations et arbitrages ne sont que des prétextes invoqués par de « mauvais perdants » surtout soucieux de lui voler sa victoire. L’affrontement Sarkozy-Copé, s’il doit avoir lieu un jour, attendra quelques saisons.

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