La confession singulière de Nicolas Sarkozy

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L’hiver reste la saison idéale pour mettre ses idées au chaud sous une belle couverture. Les livres publiés par quelques acteurs majeurs du débat public l’ont une nouvelle fois démontré en janvier. Si aucun membre du personnel politique ne s’est risqué au roman érotique, plusieurs efforts littéraires dans le domaine de l’essai sont à remarquer. Nicolas Sarkozy, éclipsant une tentative analogue de son ami politique Jean-François Copé, se sera illustré dans la période comme le maître des aveux à la première personne du singulier. Plaidant coupable d’avoir “abaissé la fonction présidentielle” par des paroles ou comportements malheureux, l’ancien chef de l’Etat s’est livré à un exercice de contrition plus qu’inédit dans notre République. Bien qu’assimilable à des notions inscrites dans la mémoire des Français, telles que la confession catholique ou l’autocritique communiste, ce retour sur le passé présente le charme de la nouveauté et un caractère introspectif obligé. Pour l’aspect judiciaire, qui ne serait peut-être pas le moins intéressant, il faudra attendre en effet que les “affaires” ne soient plus à l’instruction. En dépit de ses limites, l’entreprise mérite donc d’être saluée sans ironie. L’originalité de la démarche n’a sans doute pas été assez soulignée. Le succès public du livre et, plus encore, la situation particulière de son auteur malmené par les études d’opinion ont incité les commentateurs à parler plutôt de “quitte ou double”. C’est l’utilité tactique d’une opération menée en vue d’une réélection qui a surtout été étudiée, appréciée, mesurée, évaluée. De cet examen soigneux n’a pas cependant surgi de diagnostic clair, hormis chez ceux qui restent hostiles à une candidature de revanche pour quantité de motifs légitimes ou non.

Nul ne sait, de bonne foi, si l’ancien président continue à tort ou à raison de croire à ses chances. La politique semble plus que jamais irrationnelle et imprévisible car soumise aux rudes secousses de l’actualité mondiale. Comment pourrait-on d’ailleurs s’aventurer dans un pronostic véhément, au bénéfice d’Alain Juppé par exemple, à propos d’une alchimie aussi mystérieuse que celle de l’élection présidentielle, très souvent marquée par les surprises de dernière heure? Nicolas Sarkozy, qui avait jadis tout misé sur Balladur en lâchant Chirac, a manifestement retenu la leçon pour ce qui concerne son propre destin. Il ne se laissera pas enterrer par les sondages pas plus que par les sarcasmes.
Dans un tel contexte, le retour de la fortune favorisera peut-être, de préférence, celui qui se montrera le plus dur envers lui-même et qui paraîtra assez fort pour reconnaitre certaines erreurs. C’est ainsi que l’ancien président aimerait voir l’avenir. En étant, pour ainsi dire, perçu par ses concitoyens comme une sorte de chirurgien dont la main ne tremblerait pas, car en âge d’être moins soumis que d’autres au risque de sucrer les fraises. D’où le rêve intact d’exploiter certains atouts tant qu’il est encore temps. Il jouit d’un socle de notoriété certain, d’amis disposant de moyens financiers considérables et de la fidélité des personnalités les plus combatives, parfois jusqu’à la caricature, de sa famille politique. A l’inverse des apparences et de certains de ses propos, il n’est pas exagérément confiant dans la possibilité d’une relation directe avec les Français car il ne s’aime pas assez pour tout miser sur l’affectif. En revanche, il sait que le Pouvoir, avec un grand “P”, cela s’arrache parfois. Ce véritable chat échaudé du suffrage universel n’a pas perdu ses griffes. Il s’en sert pour défendre un territoire délimité avec soin par la conquête du parti, le changement de nom et l’installation de relais dévoués. Aucune de ces étapes n’a été négligée et l’épisode des primaires de novembre sera géré, n’en doutons pas, de la même manière méthodique et obstinée. Par ce qu’il cache comme pour ce qu’il révèle des jeux toujours recommencés de l’ambition humaine, La France pour la vie – titre de l’ouvrage – s’impose comme le plus psychologique des ouvrages politiques pullulant en ce début d’année.

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