Jean Leonetti Le traité de stabilité, “un reniement positif de Monsieur Hollande”

Ancien ministre chargé des Affaires européennes, le député UMP Jean Leonetti livre ses impressions sur l’actualité européenne de l’automne et plaide pour plus d’intégration.

Un entretien avec Jean Leonetti, ancien ministre chargé des Affaires européennes et député UMP © Sophie Liedot /JBVNEWS

Qui est le père du traité européen de stabilité ? François Hollande ou Nicolas Sarkozy ?

 

Les parents immédiats sont Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, c’est une évidence. J’ajouterai même qu’en s’inscrivant dans la continuité de la construction européenne, le traité de stabilité a de fait beaucoup de “grands-parents”, à savoir celles et ceux qui ont fait monnaie unique.

 

 

En adoptant ce traité, nous mettons en pratique le partage de souveraineté qu’implique la monnaie unique. C’est une étape intermédiaire vers la naissance d’une gouvernance économique européenne qu’il n’était pas nécessaire de concrétiser en période de croissance mais que la crise a rendu incontournable. Il n’y aura jamais de ”retour à la normale”. Nous vivons une mutation profonde des équilibres économiques et géopolitiques, c’est pourquoi il est important de franchir une étape supplémentaire dans la construction européenne pour plus d’intégration, pour mettre en cohérence le pilotage économique et l’euro.

 

Les sondages d’opinion montrent que les Français sont favorables à un referendum pour ou contre l’adoption du traité. Pourquoi le leur refuse-t-on ? Est-ce par peur qu’ils rejettent le traité ?

 

S’ils sont favorables à un referendum, c’est qu’ils ont le sentiment confus – mais non dénué de réalité – que les décisions sont prises sans eux. L’Europe se construit malgré les peuples et c’est une erreur majeure. À propos du traité de stabilité cependant, la question du partage de souveraineté a en réalité déjà été tranchée lorsque les Français ont majoritairement approuvé le traité de Maastricht.

 

Pour autant l’Union européenne doit être plus démocratique. Une partie de l’Europe partage une souveraineté – monétaire – et ses décisions doivent donc être assises sur une souveraineté populaire réaffirmée. C’est pourquoi je plaide pour un parlement de la zone euro dont les décisions s’ap- pliqueraient au niveau européen. Nous fusionnerions notre souveraineté nationale et notre souveraineté européenne par des représentants du peuple élus dans deux systèmes différents (l’un proportionnel, l’autre majoritaire).

 

Angela Merkel propose même un budget de la zone euro. Qu’en pensez-vous ?

 

Elle a tout à fait raison. Je pense que ce budget devrait être alimenté par une fiscalité dynamique et indépendante (par exemple 1 point de TVA ou une taxe sur les transactions financières). Des mécanismes de lutte contre la crise et de défense de la monnaie unique pourraient ainsi être mis en place. L’harmonisation des normes fiscales et sociales s’imposerait d’elle-même, ce qui favoriserait la solidarité entre les peuples. Car pourquoi celui qui paye un impôt sur les sociétés trois fois plus élevé que la moyenne européenne aiderait-il celui qui pratique le dumping fiscal ? J’ajoute que tant que sont respectés les particularismes identitaires (hymne, drapeau, pratique du dialogue social, etc.), les peuples ne s’opposeront pas aux convergences entre États.

 

La droite est-elle unie sur la question européenne ?

 

Nous sommes moins divisés que la gauche sur ces questions. Auparavant, il y avait un clivage entre l’UDF pro-européenne et le RPR plus souverainiste. Puis le RPR lui-même fut traversé par ce clivage au moment de se prononcer sur le traité de Maastricht en 1992. Les opposants à la monnaie unique – comme par exemple François Fillon – expliquent aujourd’hui qu’ils refusaient ce premier partage de souveraineté car il manquait alors la gouvernance économique. Les partisans du traité voulaient franchir cette première étape en attendant mieux, passer le Rubicon pour ne pas rester éternellement sur la même rive. Aujourd’hui la majorité de la droite se retrouve donc dans ce traité.

 

Après quelques mois de ”présidence Hollande”, l’ancien ministre chargé des Affaires européennes que vous êtes voit-il des différences entre l’actuel président et son prédécesseur sur le plan européen ?

 

Oui et non. Non parce que l’Europe ne se préoccupe pas des verts ou des com-munistes pour avancer. Oui car le nouveau président s’appuie sur une majorité hétéroclite et divisée sur la question européenne. François Hollande nous a habitués à cultiver l’ambiguïté. Pendant la campagne, il a nourri l’illusion que le traité négocié par Nicolas Sarkozy ne s’appliquerait pas. Or pas une phrase, pas un mot, pas une virgule n’a changé dans le texte. Quant au volet ”croissance”, il était déjà dans les tuyaux, qu’il s’agisse de la taxe sur les transactions financières, des fonds pour la relance ou du renforcement de la Banque européenne d’investissement. Comment s’étonner que la majorité actuelle ne soit pas déstabilisée ? Quelque part je comprends les hésitations des députés écologistes : peut-être ont-ils cru François Hollande. Je ne me plains pas des reniements positifs de Monsieur Hollande mais en séduisant le peuple avec des mensonges, il risque de créer une nouvelle fracture avec les Français, d’alimenter le sentiment que l’Europe se construit sans eux, en catimini, et surtout que la classe politique a peur du peuple.

 

Sur le plan continental, sa stratégie d’alliance est un peu ”gribouille” à mes yeux. Se rapprocher de l’Espagne et de l’Italie – qui pratiquent des politiques d’austérité redoutables – pour contrebalancer le poids de l’Allemagne crée un climat de défiance qui détériore la confiance des partenaires outre-Rhin (politiques ou économiques) en la France. Or qu’on le veuille ou non, Paris et Berlin ont une responsabilité commune à assumer dans la construction européenne, ce qui nécessite une confiance mutuelle forte, même lorsque l’on affiche nos divergences. 

 

Verra-t-on un jour, comme le propose José Manuel Barroso, émerger une ”fédération d’États-nations” ?

 

Le terme ” fédération d’États-nations” plaît mais mérite une explication. Arrêtons d’agiter les mots. Oui l’Europe est composée d’États-nations qui partagent une souveraineté. La France est dépendante du reste du monde, de l’économie internationale, des conflits, etc. Inutile de construire des barrières et de hisser le drapeau pour rester souverain. Rester souverain, c’est d’abord décider de son mode de vie. Or cela le peuple français ne pourra le faire que dans l’intégration européenne. Le mot ” fédéral” fait débat, je lui préfère la notion de partage de souveraineté. ”L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté” disait Jean-Jacques Rousseau : les États-membres se dotent de règles qu’ils décident et appliquent ensemble.

 

On prête à José Manuel Barroso l’intention de se représenter à l’issue de son troisième mandat. Selon vous la France doit-elle soutenir une éventuelle nouvelle candidature de l’actuel président de la Commission européenne ?

 

Je ne souhaite pas que José Manuel Barroso fasse le mandat de trop. Peut-être est-il temps de donner un nouveau souffle à l’Europe en fusionnant les présidences de la Commission et du Conseil européen et en créant un poste de ministre des Finances de la zone euro pour afficher notre unité et clarifier les compétences.

 

 

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