L’islam en débat au Sénat

L'entrée principale de la Grande Mosquée de Paris située dans le 5e arrondissement de Paris en France. CC

Au coeur de la campagne présidentielle, l’Islam en France a fait l’objet d’un débat sur les conclusions de la mission sénatoriale créée à l’initiative du groupe UDI-UC. L’occasion pour les parlementaires de lancer plusieurs pistes de réflexion sur l’organisation, la place et le financement du culte musulman dans l’Hexagone.

 

« Nous sommes aujourd’hui beaucoup moins ignorants que nous ne l’étions hier » : après six mois de travaux menés sur une problématique aussi épineuse que d’actualité, la rapporteuse Nathalie Goulet (UDI-UC) a affirmé avoir « trouvé que travailler sur ce sujet à quatre mains n’était pas de trop ». Et d’après elle, « le résultat est au rendez-vous » : « unanimement salué » et « bien accueilli par les communautés musulmanes elles-mêmes », le rapport préconise plusieurs solutions pour organiser la pratique de l’Islam en accord avec les valeurs de la République.

 

S’affranchir de l’influence des pays étrangers

A commencer par la formation des chefs de culte, « essentielle » pour « mettre fin à l’islam des consulats » à en croire Nathalie Goulet. En France, 301 imams sont aujourd’hui salariés par leurs États d’origine et connaissent souvent mal le contexte social et culturel du pays, tout comme la langue française. Les rapporteurs concluent donc que les instituts de formation devraient se doter d’un Conseil scientifique unique, chargé de la définition d’un programme commun partagé. Histoire que l’Islam de France soit affranchi de l’influence des pays étrangers. Au sénateur Jacques Bigot d’ajouter : « la revendication que nous avons n’est pas de demander aux musulmans de France d’avoir une autre religion, mais de respecter la laïcité ainsi que son corollaire, la liberté de culte. » Pour l’écologiste Esther Benbassa, « on ne peut imposer des réformes par le haut, ni exiger d’autorité, des changements aux musulmans de France, stigmatisés de longue date, et plus encore depuis les récentes vagues terroristes. » Elle regrette en ce sens « que l’on ne s’émeuve vraiment de l’existence et des problèmes de cette population qu’au lendemain d’un attentat et rarement à froid ».

 

Organiser les diversités d’islams

Se pose aussi la question de l’organisation de l’Islam en France en tant que deuxième religion du pays : à noter qu’il ne s’agit pas d’un mais d’une diversité d’islams, comme l’a précisé la sénatrice Les Républicains Chantal Deseyne. Une étude de l’Institut Montaigne publiée en septembre 2016 a d’ailleurs dressé un portrait de cette pluralité : il en ressort que 46% des musulmans composeraient « la majorité silencieuse » avec un système de valeurs en adéquation avec la société française, 25% de « conservateurs » pieux, fiers de leur Islam tout en acceptant la laïcité. 28% sont quant à eux « autoritaires » et n’adhéreraient pas aux valeurs de la République. « Une enquête à considérer avec prudence » d’après Esther Benbassa, montrant toutefois les fragmentations de cette population en diverses tendances et sensibilités. « On est face à un groupe confessionnel encore traditionnel » souligne-t-elle, dans un Conseil français du culte musulman (CFCM) qui est « encore un interlocuteur fragile de la République. »

 

Contrôler la provenance des financements

Quant aux financements, le rapport préconise de faire transiter ceux en provenance de l’étranger par la Fondation pour les œuvres de l’Islam en France, tout en faisant respecter la logique de la loi de 1905, imposant aux associations gérant un lieu de culte de se constituer en association cultuelle pour assurer davantage de transparence aux subventions. « Autre mythe qui s’effondre » pour la présidente socialiste et républicaine de la mission Corinne Féret : « celui de la fameuse taxe hallal », car « il est impossible pour Bercy de taxer un élément religieux ». Les rapporteurs préconisent donc une redevance pour les services rendus, à condition qu’elle soit mise en place par les représentants du culte eux-même. Si le sénateur FN David Rachline a regretté « le ton un peu mièvre et la tiédeur générale qui sort de ce rapport », le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a quant à lui « salué la qualité du travail des sénateurs », soulignant que la « construction d’un islam de France ne se résumera pas aux décisions prises par ce gouvernement. » Remarque assortie d’un rappel fondamental : « Il n’y a qu’une communauté, la communauté nationale et qu’une loi, celle de la République. »

 

 

Photo : Grande Mosquée de Paris (5e) / CC Moonik.

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