« Faire vivre le débat au sein de la gauche »

Alors que les derniers sondages de popularité de l’exécutif ne cessent de baisser et que plusieurs prises de position du gouvernement détournent les ouvriers de la majorité présidentielle, la Gauche populaire souhaite reconquérir les populations oubliées.

© Mathieu Guibard

« Un laboratoire d’idées, qui n’est ni un courant du PS, ni une soupape du groupe socialiste à l’Assemblée nationale ». C’est avec ces précautions que les membres de la Gauche populaire ont défini leur mouvement lors de la présentation de leur Manifeste, le 20 février dernier à l’Assemblée nationale. Puisant ses racines dans le 21 avril 2002 et l’échec de 2007, cette organisation souhaite partir à la reconquête des couches populaires et moyennes françaises. En réaction à l’analyse de Terra Nova, Gauche : quelle majorité électorale pour 2012, François Kalfon, conseiller régional d’Ile-de-France et Laurent Baumel, député d’Indre-et-Loire, répondent dans leur Plaidoyer pour une gauche populaire. Pour eux, le PS ne doit pas se détourner de sa vocation historique et identitaire de défense des travailleurs.

 

Aller plus loin que les 60 engagements de François Hollande

 

Favoriser l’insertion professionnelle au lieu de multiplier les subventions chômage ou encore réorganiser Pôle emploi avec les régions : les signataires du Manifeste formulent des propositions pour que la préférence française pour le chômage ne soit plus. Sur le terrain fiscal, ils suggèrent de mettre en œuvre la réforme fiscale promise pendant la campagne présidentielle en fusionnant l’impôt sur le revenu et la CSG. Cela permettrait, selon eux, de redistribuer du pouvoir d’achat rapidement, car « la rigueur doit être juste, mais pour l’instant il y a juste la rigueur », constatent-ils amers. Ni résignés, ni fatalistes, ils veulent trouver des solutions nouvelles à des questions anciennes : pouvoir d’achat, ascension sociale, emploi…

Reconquérir l’électorat historique de gauche 

 

Se basant sur une étude sociologique de la politique, ces députés, pour la grande majorité d’entre eux, souhaitent permettre à la gauche de reconquérir les couches les plus défavorisées de plus en plus conquises par le discours frontiste. De 1981 à 2012, la gauche est passée de 60% à 39 % de voix chez les ouvriers, et de 48 % à 40 % chez les employés, tandis que le vote en faveur de la famille Le Pen a progressé chez ces mêmes populations, respectivement de 17 et 12 points. En effet, d’après Isabelle Bruneau, députée de la 2nde circonscription de l’Indre, l’alternative au PS dans certains territoires ruraux n’est pas le Front de Gauche, mais bel et bien le FN. Sensibilisés aux licenciements économiques, à la désindustrialisation de leurs territoires, les signataires ont manifesté un fort soutien à la position d’Arnaud Montebourg pour la nationalisation de Florange. Ces 23 parlementaires socialistes et écologistes, élus dans des circonscriptions diverses, basent leur réflexion sur une analyse sociologique précise de leur territoire pour aider cette France qui travaille mais qui souffre. Défiant une certaine « boboisation » du PS, la Gauche populaire se tourne fièrement vers les ouvriers, les employés, les travailleurs pauvres, tous ces « invisibles », que le PS a oubliés en faveur des minorités sociales que sont les immigrés, les homosexuels, les femmes et les chômeurs.

 

 Concluant par une invitation générale à la signature de leur Manifeste, ils rappellent leur volonté d’être des « vigies du changement », des aiguilleurs du gouvernement pour que la gauche réussisse son quinquennat et bâtisse « une nouvelle alliance entre exclus, classes populaires et classes moyennes » comme l’avait souhaité Lionel Jospin à l’Université d’été du PS en 1999.

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