Dédramatiser le débat public en neutralité

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Voxe est une association française créée en 2012, dont la mission est de permettre aux jeunes de mieux s’informer pour mieux s’engager dans le débat public. Connue du grand public depuis la création de son comparateur de programmes, elle s’attache à livrer des informations claires, accessibles, mais aussi et surtout objectives. Clara-Douce McGrath, responsable du développement chez Voxe, revient sur les enjeux et les valeurs portés au sein de l’association.

 

Voxe a été créé en 2012, quel est le point de départ de l’initiative ?

À l’époque de sa création, la mode des comparateurs grandissait (hôtels, compagnies aériennes, etc.). Mais au moment des élections, aucun endroit où retrouver l’ensemble des programmes des candidats n’existait. Nous avons donc commencé par monter un comparateur numérique très simple ; après avoir choisi deux candidats et un thème, un widget (outil interactif) retraçait toutes leurs propositions relatives au sujet. L’une des valeurs de Voxe, toujours essentielle aujourd’hui, est la neutralité politique. Afin de remplir l’outil, des bénévoles font des copier-coller depuis les sites des candidats, permettant d’éviter la réécriture.

Étant le premier comparateur de programmes politiques, de nombreux partenariats avec la presse (Le Monde, L’Express, etc.) ont été signés. 1,7 million d’utilisateurs ont mis en lumière la réponse à un réel besoin. Ainsi, l’outil a été développé afin de s’étendre à l’étranger, selon le même fonctionnement. En mobilisant des communautés de bénévoles pour le remplir, et en les formant à nos enjeux de neutralité politique comme de partenariats avec la presse locale, 26 élections ont été couvertes dans 19 pays différents.

 

Le comparateur de programmes numérique peut être complété par des membres de l’association, mais aussi des politiques et des internautes, comment faites-vous la différence entre de réelles informations et d’autres éventuellement plus partisanes voire erronées ? Quel est le processus de « vérification » ?

Au début, uniquement des bénévoles remplissaient le comparateur. Cependant, avec l’accroissement progressif de notre popularité, des équipes de campagne sont venues vers nous. Entre 2016 et 2017, pendant la période de campagne, elles le complétaient elles-mêmes. Cette démarche répond à un besoin de facilité. La mobilisation de nombreux bénévoles n’est plus nécessaire. De plus, au sein du comparateur, les propositions ne peuvent aller au-delà des 300 caractères. En les réécrivant, nous sommes parfois obligés de les couper pour les mettre à la suite. Une équipe de campagne peut alors simplifier le propos et le rendre davantage accessible. Une relecture est toujours effectuée afin de vérifier l’orthographe comme la clarté ; une reformulation peut être demandée.

 

Le Voxebot permet aux utilisateurs de s’informer sur l’actualité du débat public au sens le plus large du terme au sens le plus large du terme.

 

Voxe a pris un tournant en 2015. Présenter les programmes, c’est bien, mais si personne ne les comprend (acronymes, administrations, etc.), l’impact est limité. Ainsi, nous avons commencé à produire des contenus d’informations afin d’expliquer les enjeux des élections. Un chatbox a alors été créé ; il compte aujourd’hui plus de 100 000 abonnées. Le Voxebot permet aux utilisateurs de s’informer sur l’actualité du débat public au sens le plus large du terme (décryptage de l’économie, des relations internationales, etc.) grâce à des discussions quotidiennes avec le robot sur Facebook Messenger.

 

Quand on utilise le Voxebot sur Messenger, il se présente comme un robot, mais qui se cache derrière ?

L’intelligence artificielle permet seulement de répondre aux questions des utilisateurs ; les équipes de Voxe produisent tous les contenus en amont.

 

Pendant la période de campagne, des vidéos YouTubeont été tournées avec des candidats, de quelle manière êtes-vous entrés en contact avec eux ?

Nous souhaitons travailler avec l’ensemble des candidats afin d’assurer notre neutralité politique. Certains viennent volontairement vers Voxe, d’autres sont démarchés. Les équipes ont été assez réceptives. Notre objectif vise à toucher les 18-35 ans, correspondant à la part de population qui vote le moins. C’est un atout pour les équipes de campagne, qui peuvent alors être entendues par une audience à laquelle elles n’ont généralement pas accès.

 

Clara-Douce McGrath, responsable du développement chez Voxe

Clara-Douce McGrath, business developper chez Voxe

Avec le Voxebot, What the Voxe, Happy democracy, les Facebook live, etc., vos outils sont divers et variés, lesquels marchent le plus aujourd’hui ?

L’outil principal demeure aujourd’hui le Voxebot, sur lequel nous avons notre plus importante communauté. Mais les réseaux sociaux sont aussi massivement utilisés, afin de toucher ceux qui ne sont pas encore abonnés. Nous restons pour l’instant concentrés sur ces deux outils majeurs avant d’en construire de nouveaux.

 

Vous travaillez avec des « bénévoxes », comment sont-ils recrutés et quels bénéfices peuvent-ils entrevoir dans cet engagement ?

Des bénévoles sont constamment recrutés. Beaucoup de nos lecteurs le deviennent car ils sont attachés au Voxebot. La communauté agit surtout dans la vraie vie ; le numérique demeure très efficace, mais une diversification l’est encore davantage. Ainsi, un ensemble d’outils et de formations ont été mis en place pour expliquer certains enjeux de manière simplifiée. Par exemple, l’année dernière, l’atelier « Lost in election » revenait sur les bases des élections présidentielles et législatives. Grâce à des relations directes avec certains professeurs, des interventions dans des lycées, avec des cours d’éducation civique 2.0 et des débats mouvants, sont également organisées pour décomplexer le fait de parler de politique. Ces évènements se font principalement en Île de-France, mais nous nous sommes aussi déplacés à Angers et Nantes notamment. Enfin, un tour de France a eu lieu en 2017 : le Voxe-Tour. 33 bénévoles sont allés à la rencontre de 5 000 jeunes autour de débats et d’ateliers dans tout le pays.

 

Voxe s’axe essentiellement sur les 18-35 ans, pourtant il semble que tout le monde ait aujourd’hui besoin d’une vulgarisation de la politique et d’une approche du numérique différente, ne souhaitez-vous pas étendre cette audience ?

C’est une cible naturelle ; les membres de Voxe parlent aux gens de leur âge. En parallèle, un studio de création se développe. Nous sommes partis du constat qu’expliquer la politique aux jeunes c’est bien, mais si nous le faisons seuls dans notre coin, les résultats restent limités. Un travail avec l’ensemble des acteurs est donc nécessaire. Les organisations et administrations sont accompagnées, grâce à ce studio, dans leur communication autour des enjeux du débat public auprès du grand public. Une collaboration a notamment été effectuée avec le Parlement européen en France, la Direction générale du Trésor, ou encore l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. Cependant, le but de Voxe reste aujourd’hui de créer un média de référence à destination des 18-35 ans.

 

Expliquer la politique aux jeunes c’est bien, mais si nous le faisons seuls dans notre coin, les résultats restent limités.

 

Pour faire entendre les résultats des multiples débats générés par le Voxe-Tour et mettre en lumière les propositions, vous désirez organiser un #RDVavecMacron, qu’en est-il de ce projet ?

Nous avons rencontré les équipes d’Emmanuel Macron en juin dernier mais l’actualité du débat public a ralenti le processus. Les discussions sont actuellement en stand-by ; le but est d’instaurer une relation directe entre le président, le gouvernement, et la jeunesse.

 

Vous avez reçu plusieurs aides financières, comment se porte votre modèle économique aujourd’hui ?

Une importante attention est aujourd’hui accordée au Voxe Studio. Il correspond au besoin de communication pédagogique exprimé par de plus en plus d’administrations publiques et institutions. Notre modèle économique et nos offres ont donc changé en se construisant progressivement au fil des demandes d’accompagnement reçues.

 

Que répondez-vous à ceux qui qualifient vos actions de « révolutionnaires » ?

L’aspect révolutionnaire se ressent dans la méthode, mais pas dans l’objectif. La volonté de permettre à tous les citoyens d’être plus sereins avec le débat public vient de deux chiffre : 70 % des jeunes n’ont pas voté aux législatives, quand 66 % souhaitent s’engager sans savoir comment. Les réconcilier avec le débat public n’est pas une mission révolutionnaire ; aucune remise en cause des institutions n’est souhaitée. Nous voulons que chacun en comprenne les enjeux, afin de permettre une appropriation, et éventuellement, une implication.

De nombreuses collectivités territoriales ou administrations publiques nécessitent d’être aidées en communication, dans le cadre de consultations citoyennes par exemple. Ces dernières représentent un élément essentiel et répandu, mais leurs résultats demeurent inégaux. Les citoyens peuvent ressentir de la déception, voire de la frustration, en voyant passer des lois avec l’impression de n’avoir jamais eu leur mot à dire, quand pourtant, des consultations étaient organisées. L’instauration d’une plateforme sur internet ne suffit plus à communiquer. Administrations, collectivités, ou institutions (telle que l’Assemblée nationale), doivent assimiler qu’il est impossible de trop en demander aux citoyens, et les considérer comme des usagers, grâce à la mise en place d’une réelle pédagogie auprès de leurs offres. Nous collaborons donc dans cet optique, via notamment notre studio de création.

 

Crédit image à la une et portrait : Voxe.

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