Claude Bartolone, un fin politique au perchoir

“Le changement c’est maintenant”. Après le Sénat en 2011 puis l’Élysée et Matignon cette année, c’est au tour de l’Assemblée nationale de changer de couleur, et de porter à sa tête un nouveau visage. Claude Bartolone succède ainsi à Bernard Accoyer et présidera une chambre largement renouvelée.

Claude Bartolone a été élu président de l’Assemblée nationale par 298 voix contre 185 au président sortant UMP Bernard Accoyer, 55 bulletins blancs et 2 voix pour d’autres candidats, a annoncé à la tribune le doyen d’âge, François Scellier, qui présidait la séance. (©Vernier/JBV NEWS)

Ce devait être Ségolène Royal. Puis Élizabeth Guigou, voire Jean Glavany ou même Daniel Vaillant. C’est finalement Claude Bartolone qui s’installe sur le “perchoir”. Profitant d’une nouvelle “vague rose” – si tant est que l’on puisse qualifier ainsi la victoire des socialistes – après celle qui l’avait fait élire député de Seine-Saint-Denis en 1981, il aura à charge de faire vivre le débat parlementaire à l’Assemblée nationale pendant la XIVe législature ouverte le 26 juin.

 

Spécialiste des alliances

 

Une belle revanche pour fin politique, secrétaire de la section socialiste de Pré-Saint-Gervais à seulement 23 ans. Le PS lui doit beaucoup : depuis trente ans, Bartolone a largement contribué à faire basculer le “93”, historique bastion communiste, dans l’escarcelle des socialistes, gagnant notamment le Conseil général lors des cantonales de 2008. Spécialiste des alliances et des contre-alliances, longtemps resté dans l’ombre de Laurent Fabius, il est enfin reconnu pour lui-même lorsqu’il est nommé ministre de la Ville par Lionel Jospin en 1998.

 

Apprécié de l’Elysée

 

L’homme est très apprécié par ses collègues socialistes. Fabiusien, membre de l’équipe du “Pacte Présidentiel” de Ségolène Royal en 2007, soutien “reconstructeur” de Martine Aubry au Congrès de Reims, il fit campagne loyalement pour le candidat socialiste, ce qui fut apprécié par l’Élysée et Matignon. “Je ne fais pas partie du cercle historique. Mais j’ai été utile et loyal à François Hollande” analysait-il dans un entretien au Parisien au lendemain du second tour des législatives. “Cet équilibre entre loyauté et liberté est un atout précieux.” Un cadre du Parti socialiste salue “un homme affable. Il est bien avec tout le monde car il n’est pas dans tel ou tel camp” ajoute La Croix. Pourtant, François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne lui ont confié aucun ministère.

 

Animer le débat

 

Qu’à cela ne tienne. Regrettant publiquement l’absence de représentants de la Seine-Saint-Denis au gouvernement, Claude Bartolone attend patiemment que la candidature Royal ne s’effondre puis persuade les autres députés socialistes de le porter à la tête de l’Assemblée nationale, à coups de mails, de textos et de poignées de main. Il lui incombe désormais de permettre à la majorité de porter sa politique, mais aussi à l’opposition de jouer son plein rôle dans l’hémicycle, tout en faisant office de relais entre les parlementaires et le pouvoir exécutif .

 

Claude Bartolone en quelques dates

 

  • 1951 : nait le 29 juillet à Tunis, sous le Protectorat français de Tunisie, dans une famille d’origine sicilienne ayant fui le fascisme.

  • 1960 : arrive au Pré-Saint-Gervais

  • 1974 : adhère au Parti socialiste après la défaite de François Mitterrand à l’élection présidentielle

  • 1981 : député de Seine-Saint-Denis (réélu à chaque élection législative)

  • 1995-1998 : maire du Pré-Saint-Gervais

  • 1998-2002 : ministre de la Ville dans le gouvernement de Lionel Jospin

  • 2008 : président du Conseil général de Seine-Saint-Denis

  • 2012 : treizième président de l’Assemblée (le cinquième de gauche) depuis 1958

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