Brexit or not Brexit ?

Visit of the President of the European Parliament to London.
President of the European Parliament Martin SCHULZ

 (R) is greeted by British Prime Minister David CAMERON

 (L) outside Number 10 Downing Street in London

Un jour oui, un jour non. Au Royaume-Uni, les sondages sur le Brexit se suivent et ne se ressemblent pas. A quelques encablures de la date butoire du 23 juin, impossible de savoir si les Britanniques veulent, ou pas, rester dans l'Union européenne. tout au plus peut-on se référer au poll of polls, une moyenne des derniers sondages effectués. Marc-Olivier Padis, directeur des études du think tank Terra Nova, nous a livré quelques éléments de réponses.

Pourquoi l’organisation d’un tel référendum ?

C’est une promesse de campagne de Cameron, coincé entre un fort courant eurosceptique de son parti et la progression électorale du parti Ukip, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui prône la sortie de l’UE. C’était un calcul tactique pour être réélu en 2015 : gagner du temps en repoussant les échéances, donner l’impression de trancher un sujet difficile en s’engageant à redonner la parole aux électeurs, reprendre l’initiative par rapport aux anti-européens en imposant des conditions au maintien dans l’UE. Mais ce calcul pourrait bien se retourner contre le Premier ministre britannique : il s’est longtemps présenté comme neutre et épouse tardivement la cause européenne, sans avoir vraiment obtenu de gains majeurs à Bruxelles. Il fait maintenant campagne pour le maintien dans l’Union mais sans valoriser l’Europe et ce qu’elle apporte de positif, comme s’il partageait le rejet affectif de l’Europe de la presse populaire.

Quelles seraient les conséquences sur la vie quotidienne des Britanniques en cas de départ du Royaume-Uni de l’Union européenne ?

Dans la mesure où les Britanniques ne participent ni à l’espace Schengen ni à l’euro, on peut avoir l’impression que rien de très visible ne changerait. Pour un Français, en effet, la monnaie et la possibilité de franchir facilement les frontières font partie des éléments les plus tangibles de l’appartenance européenne. Beaucoup de Britanniques pensent sans doute à l’allègement de la contribution, pourtant déjà réduite, de leur pays au budget européen. Un petit effet pour les porte-monnaie. Et les partis europhobes ont beaucoup parlé des Polonais qui ne pourraient plus venir aussi facilement travailler dans les conditions garanties par le marché unique. Mais là n’est pas l’essentiel. Les militants du Brexit ne parlent pas beaucoup, dans la campagne référendaire, de la tournure que prendrait une sortie de l’UE. Car ils sont bien en peine de décrire les effets d’une sortie. L’effet le plus important serait que la Grande-Bretagne aurait à négocier un nouvel accord d’association avec l’UE et, au-delà, des accords commerciaux avec tous les partenaires
économiques de l’UE. Une négociation qui partirait de zéro car aucun projet n’est dans les cartons. La tentation est grande, pour une partie du secteur économique et de la finance, de poursuivre sur la voie du dumping fiscal et réglementaire sur laquelle le pays est déjà engagé. Pourquoi ne pas devenir le Singapour du Nord ? Après tout, c’est aussi une île… L’Europe semble promise au déclin, se disent-ils, l’Asie s’est imposée sur la scène mondiale, l’Afrique promet beaucoup… Mais la Grande-Bretagne indépendante a-t-elle un poids suffisant pour négocier des accords commerciaux favorables ? Avec moins de 1 % de la population mondiale, elle pèse moins de 3 % de la production mondiale. Ce qui n’est pas un mauvais résultat mais qui ne pèse guère face à l’Inde et à la Chine. Pour les États-Unis, ce partenaire détaché de l’ensemble continental est moins stratégique. Pour les multinationales, le déménagement des sièges sociaux est déjà à l’étude : mieux vaut avoir un pied à Paris ou à Munich pour se conformer aux normes valables pour l’Europe dans son ensemble. Pour la vie quotidiennedes Britanniques, on assisterait donc à un ralentissement de l‘activité économique (des commentateurs anticipent une chute de 4 %
du PIB) dû au ralentissement des échanges avec le continent.

Quelles seraient les conséquences pour les autres pays européens en cas de départ du Royaume-Uni de l’Union européenne ?

Pour les autres pays européens, les effets ne seraient pas négligeables. Tout d’abord, l’Ecosse, qui souhaite rester dans l’UE, se trouverait exclue contre son gré et devrait faire une démarche pour y être acceptée de nouveau. Ce qui ne manquerait pas de créer des difficultés, car l’Espagne et peut-être l’Italie ou la Belgique n’accepteraient sans doute pas qu’une région autonome puisse adhérer directement à l’UE. Dans ce cas, l’Ecosse exigerait-elle une indépendance complète ? Triste bilan pour David Cameron. L’Allemagne verrait son jeune leadership très contesté. Si la stabilité politique et la prospérité économique allemandes, confortées par le solide consensus interne en faveur de l’Europe, ont donné à l’Allemagne des responsabilités nouvelles, une sortie britannique
marquerait une certaine incapacité à créer du consensus, à se poser en garante d’une “union sans cesse plus étroite”. L’obligation de construire tous les accords européens avec la France se trouverait rappelée à l’Allemagne. La France, de son côté, se trouverait privée de son allié de substitution et partenaire privilégié sur les questions militaires, diplomatiques et énergétiques (nucléaire). Les pays de l’ancien bloc soviétique perdraient pour leur part le champion
d’une Europe-marché sous protection américaine dont ils partagent la vision. Enfin, l’Europe dans son ensemble perdrait une place financière majeure, qu’elle n’aurait plus la possibilité d’intégrer à un programme de régulation ambitieux.

David Cameron pose certaines conditions au maintien de son pays dans l’Union européenne. Pensez-vous qu’il soit trop exigeant et si oui sur quelles conditions ?

En fait, les Européens ont très peu cédé à Cameron, même s’ils l’ont laissé paraître vainqueur pour augmenter ses chances de gagner le référendum, ce qui est l’intérêt européen commun. Une fois sorti de ce feuilleton du référendum, Cameron pourra peut-être changer la nature du débat sur l’Europe en Grande-Bretagne et jouer un autre rôle dans les Conseils européens… Cameron voulait “rester dans une Europe réformée”. Il n’a obtenu aucune renégociation des traités et les points concédés inscrivent plutôt l’approfondissement d’une exception britannique qu’un changement des règles communes.

En cas de départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, pensez-vous que d’autres pays pourraient suivre ? Si oui, lesquels ?

D’autres départs sont possibles, en particulier dans les pays “nouveaux entrants” devenus très eurosceptiques comme la Pologne, la Hongrie ou la Slovaquie. Mais, pour ces pays, la pente autoritaire russe est un facteur qui n’est pas négligeable. Et l’exemple ukrainien a de quoi les faire réfléchir. La Pologne, en particulier, a de bonnes raisons de se méfier du nouveau “désir d’empire” russe. Sur le Maidan à Kiev, des Ukrainiens défendaient leur indépendance nationale, le drapeau européen à la main. Mais, indépendamment de la situation orientale, il est certain qu’en cas de départ du Royaume-Uni, le chantage au referendum deviendrait une arme politique tentante dans de très nombreux pays, à commencer parla France… Les partis populistes pourraient rapidement demander qu’on “redonne la parole au peuple” ou qu’on obtienne des aménagements et des dérogations par la menace du référendum. Cela pourrait structurer durablement le débat européen dans une série de pays tentés par les égoïsmes nationaux, d’autant plus que
l’Union donne le triste spectacle d’une improvisation permanente.

Pensez-vous qu’un départ du Royaume-Uni de l’Union européenne signe le début de la fin de l’UE ?

Le départ du Royaume-Uni mettrait un terme à la dynamique fondatrice de l’“Union sans cesse plus étroite”. Le mouvement historique apparaîtrait réversible et l’idée européenne aurait peut-être passée son heure. Le mouvement inverse de la dislocation serait-il cependant assez attractif pour constituer le “Grand Récit” de la période ? L’argument fort des Britanniques hostiles à l’Europe consiste à vanter un système de représentation et de décision démocratiques “qui a fait ses preuves” depuis plusieurs siècles. Tous les États européens ne peuvent pas en dire autant. C’est l’Europe ou la perspective de l’intégration européenne qui ont stimulé la transition démocratique du Sud (Portugal, Espagne, Grèce) et de l’Est. Le retour à la stricte souveraineté nationale accompagnerait un mouvement de démocratisation dans un nombre important de pays. Il est vrai que le mouvement est déjà entamé en Hongrie, sans que l’appartenance à l’Europe parvienne à freiner la dérive autoritaire du régime. On peut douter en tous cas que la sortie éventuelle du Royaume-Uni offre l’opportunité de relancer la construction européenne, délivrée du frein britannique, comme l’espère l’ancien Premier ministre français Michel Rocard. Les Britanniques ont certes adopté une attitude non-coopérative sur de nombreux dossiers et ont négocié des exemptions dans une Europe à la carte. Mais leur départ ne suffirait pas à créer une dynamique. Tout d’abord, parce que ce départ, on l’a dit, donnerait le sentiment que le vent de l’histoire a tourné. Ensuite, parce qu’il ouvrirait une période de surenchères anti-européennes parmi les partis populistes. Enfin, parce qu’une relance européenne ne pourrait venir que d’une initiative franco-allemande, inexistante à ce jour et difficile à imaginer alors que les deux pays entrent presque simultanément en période pré-électorale…

Copyright photo : © European Union 2016

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