BPI : Nicolas Dufourcq donne le mode d’emploi

Pour reconquérir la compétitivité, la BPI injectera 12 milliards d’euros d’ici 2017 dans les entreprises françaises. Et entend déployer une « armée hostile de la négativité » pour accompagner les orientations stratégiques des entrepreneurs.

 

©JBV NEWS

C’était le grand oral. Mercredi 15 mai, le directeur général de la Banque Publique d’investissement (BPI), Nicolas Dufourcq, était auditionné par la Commission des finances et du développement durable du Sénat. Au programme : préciser la doctrine d’intervention du nouvel établissement public qui a pour ambition, en plus des politiques publiques, de soutenir les entreprises. L’occasion était ainsi donnée au de clarifier les grandes lignes de la politique qu’il souhaite mener. Florilège.

 

Comment fonctionne la BPI ?

La Banque publique d’investissement est le premier des 60 engagements de François Hollande. Elle regroupe Oséo, la Caisse des dépôts et consignations et le Fonds stratégique d’investissement. L’ambition est de regrouper les circuits de financement afin de faciliter le financement des entreprises. L’établissement est dirigé par Nicolas Dufourcq, directeur général, et Jean-Pierre Jouyet, président. Des comités d’orientation (un national et plusieurs régionaux) expriment un avis sur les orientations stratégiques du groupe et la doctrine d’intervention. 

 

Quelle est la doctrine d’intervention de la BPI ?

Après plusieurs couacs de communication, notamment de la vice-présidente Ségolène Royal qui a exprimé publiquement ses désaccords stratégiques, un éclaircissement était nécessaire. La mission de la BPI est double : elle doit à la fois accorder des prêts aux PME et aux entreprises innovantes et investir en capital dans ces mêmes sociétés pour les accompagner dans leur développement. Le but est reconquérir la compétitivité des industries françaises. Le seul critère étant celui de « l’intérêt général et de logique industrielle, plus que de logique de cash », assure Nicolas Dufourcq.  Concernant l’entrée au capital, le directeur général insiste : «  la BPI n’interviendra que pour financer des fonds privés de retournement, spécialisés dans les entreprises en difficulté ». Ce que le directeur général qualifie comme un « outil au service de la politique économique de la France », restera un investisseur minoritaire, qui ne prendra pas de place majeure dans les sociétés. Ses interventions s’effectueront dans tous les secteurs à l’exception de l’immobilier, de  l’infrastructure, de la banque, de la presse, des instituts de sondage et des entreprises contraires aux normes sociétales et environnementales.

 

Comment les entreprises seront-elles financées ?

Entre 2012 et 2017, la BPI va investir environ 12 milliards d’euros dans des sociétés françaises. Dans cette somme, plus de 9 milliards seront affectés à l’investissement en direct dans le capital, dont 1,7 milliard pour les PME, et 7 milliards dans les entreprises de taille intermédiaires (ETI) et les grandes entreprises. « Il y a pleins d’idées en France et beaucoup à investir. D’autant que nous avons le crédit bancaire aux entreprises le moins chère d’Europe, assure Nicolas Dufourcq.  Ce qui manque, c’est le moral. Nous déploierons une armée hostile au discours de la négativité ! ».

 

Quelles sont les ambitions, à terme, de la BPI ?

« Nous sommes là pour identifier l’élite de l’entreprenariat français et l’accompagner », définit Nicolas Dufourcq. Le suivi des dossiers se fera dans la durée, même si cela doit prendre entre dix et vingt ans. En plus d’une aide financière, un soutien stratégique sera également établi par des administrateurs du groupe public, qui  seront dispatchés dans les sociétés. À terme, l’ambition est de faciliter le développement des entreprises à l’international. Une question qui comporte un enjeu essentiel, surtout à la vue du déficit commercial de la France, qui s’élève à 67 milliards d’euros en 2012.

 

Quelles sont les inquiétudes des sénateurs ?

Même si le projet avance à bon rythme, plusieurs élus restent craintifs sur les retombées encore peu palpables en région. Le sénateur de Guyane, Georges Patient, a notamment alerté sur l’Outre-mer, qui pour l’instant n’a pas été comptabilisée dans le processus. Un retard qui s’explique par les questionnements du Trésor, qui hésite à déployer la BPI dans toutes ces régions. La réponse devrait bientôt être rendue publique.

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